<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?><rdf:RDF xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:admin="http://webns.net/mvcb/" xmlns="http://purl.org/rss/1.0/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/"><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/</link><title>heyper</title><description>heyper</description><language>fr</language><webMaster>webmaster@gayattitude.com</webMaster><lastBuildDate>Thu, 11 Mar 2010 23:43:50 +0100</lastBuildDate><pubDate>Thu, 11 Mar 2010 23:43:50 +0100</pubDate><admin:generatorAgent rdf:resource="http://www.gayattitude.com/" /><items><rdf:Seq><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100311234301/l-egarement-12/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100307234103/l-egarement-11/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100304000642/l-egarement-10/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100301231917/l-egarement-9/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100226010049/l-egarement-8/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100224135323/l-egarement-7/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100217115951/l-egarement-6/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100206140931/l-egarement-5/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100131104037/l-egarement-4/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100108094607/l-egarement-3/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100108094458/l-egarement-2/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20091227125010/l-egarement-1/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20091214001931/absence/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20091122110841/separation/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.heyper.gayattitude.com/20080810105159/saint-laurent/" /></rdf:Seq></items></channel><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100311234301/l-egarement-12/"><title>L'égarement 12</title><description>Mon roman progresse doucement. Je lutte contre l'écriture. A la fois, c'est un alcool dont j'ai besoin. A la fois, c'est une grande douleur. Et puis il y a l'éclaboussure d'un visage aimé, à chaque instant de mon humanité, qui me revient et me hante quand les mots résistent. Je devrais moins écrire. Ce que je fais est très mauvais.</description><content:encoded><![CDATA[Mon roman progresse doucement. Je lutte contre l’écriture. A la fois, c’est un alcool dont j’ai besoin. A la fois, c’est une grande douleur. Et puis il y a l’éclaboussure d’un visage aimé, à chaque instant de mon humanité, qui me revient et me hante quand les mots résistent. Je devrais moins écrire. Ce que je fais est très mauvais.]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100311234301/l-egarement-12/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-03-11T23:43:01+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100307234103/l-egarement-11/"><title>L'égarement 11</title><description>Hier soir, il était tard pourtant, je sortais de chez des amis à Sannois où l'on y fêtait un anniversaire, j'étais épuisé d'alcool, de tristesse, mais j'ai décidé de me rendre dans une petite discothèque, près du Louvres, une sorte de petit sous-sol, très provincial, joli, rue de Beaujolais, un endroit très ancien de la vie homosexuelle parisienne qui en son temps aurait pu abriter des déportés potentiels. J'ai quitté l'autoroute porte de la Chapelle et je suis descendu jusqu'au Faubourg Poissonnière. Je me suis arrêté à une banque et j'ai retiré deux ou trois billets. A l'intérieur, beaucoup de monde. Des jeunes surtout. Je sais ça, l'inévitable jeunesse de ce genre d'endroit bon marché. Tout de suite, je danse. Je suis déjà très ivre. Je bois encore un peu. Un whisky Coca ou deux. Je danse surtout. Je ferme les yeux sur le rythme. Bientôt, il y a ce garçon éméché qui m'aborde et qui me prend la main. Il me fait tourner mais je vois surtout un autre garçon que je me souviens avoir déjà embrassé ici, une nuit. Le garçon me sourit. Je m'échappe des bras qui me font tourner et me remets à l'évidence de ce sourire. Nous nous embrassons immédiatement. C'est un garçon très jeune, le torse très fin, la peau est brune, onctueuse, elle respire le soleil, c'est une peau d'une douceur interminable. Les cheveux sont très courts, blonds je crois aussi, même si à cause de l'obscurité les couleurs se font plus imprécises. Il bande très vite. Et je bande aussi. Il laisse ma main pénétrer son pantalon, et je sens la dureté du sexe. Toute la nuit, nous ne cessons plus de bander. Il a les yeux taillés comme des amandes, et je perçois dans la petitesse de l'iris une sorte de contemplation intérieure, une scrutation troublante. On ne parle pas. On s'embrasse. On se prend le sexe à même la discothèque à l'intérieur des pantalons. Son cul est ferme et délicieux, plusieurs fois il ramène ma main à l'endroit de l'anus. Plus tard, pendant qu'il m'embrasse, il enroule sa langue à la mienne et y répands un alcool sucré. Je dis que je ne dois pas boire plus car je conduis. Il continue d'embrasser. Plus tard encore, je lui dis que je dois partir. Il demande mon téléphone. Je lui donne mon téléphone. Il me demande de le vérifier. Je vérifie, malgré l'alcool je ne me suis pas trompé. Puis arrive le dimanche. Bien sûr, pas un message, pas un coup de fil. Il me ramène à cette soirée dont je me souviens à peine où j'avais flirté avec lui, tendrement, puis dont je m'étais échappé, sans un mot. Sage vengeance. Je vais au cinéma deux fois. Et je pleure deux fois. Les larmes crient de moi. Elles déchirent ma joue. Je pense à ma grand-mère de cœur qui me manque. Je pense à Julien. Il n'y a pas un jour où je ne pense pas à lui. Mon ami Eric, comme mon grand frère, me dit que les larmes trahissent le parcours lent mais certain du deuil, que c'est inutile de lutter contre la pensée, la tristesse et le regret, mais que sûrement, le miracle aura lieu, je me réveillerai un matin sorti de Julien complètement, indifférent, soigné enfin du mal qu'il a commis. Je pleure et je reviens naïvement vers mon portable. Pas un message de sa part. C'est normal. Le souvenir simplement d'un petit ange blond au corps délicieux, la bouche gourmande et le sexe dur comme un arc tendu vers demain.</description><content:encoded><![CDATA[Hier soir, il était tard pourtant, je sortais de chez des amis à Sannois où l’on y fêtait un anniversaire, j’étais épuisé d’alcool, de tristesse, mais j’ai décidé de me rendre dans une petite discothèque, près du Louvres, une sorte de petit sous-sol, très provincial, joli, rue de Beaujolais, un endroit très ancien de la vie homosexuelle parisienne qui en son temps aurait pu abriter des déportés potentiels. J’ai quitté l’autoroute porte de la Chapelle et je suis descendu jusqu’au Faubourg Poissonnière. Je me suis arrêté à une banque et j’ai retiré deux ou trois billets. A l’intérieur, beaucoup de monde. Des jeunes surtout. Je sais ça, l’inévitable jeunesse de ce genre d’endroit bon marché. Tout de suite, je danse. Je suis déjà très ivre. Je bois encore un peu. Un whisky Coca ou deux. Je danse surtout. Je ferme les yeux sur le rythme. Bientôt, il y a ce garçon éméché qui m’aborde et qui me prend la main. Il me fait tourner mais je vois surtout un autre garçon que je me souviens avoir déjà embrassé ici, une nuit. Le garçon me sourit. Je m’échappe des bras qui me font tourner et me remets à l’évidence de ce sourire. Nous nous embrassons immédiatement. C’est un garçon très jeune, le torse très fin, la peau est brune, onctueuse, elle respire le soleil, c’est une peau d’une douceur interminable. Les cheveux sont très courts, blonds je crois aussi, même si à cause de l’obscurité les couleurs se font plus imprécises. Il bande très vite. Et je bande aussi. Il laisse ma main pénétrer son pantalon, et je sens la dureté du sexe. Toute la nuit, nous ne cessons plus de bander. Il a les yeux taillés comme des amandes, et je perçois dans la petitesse de l’iris une sorte de contemplation intérieure, une scrutation troublante. On ne parle pas. On s’embrasse. On se prend le sexe à même la discothèque à l’intérieur des pantalons. Son cul est ferme et délicieux, plusieurs fois il ramène ma main à l’endroit de l’anus. Plus tard, pendant qu’il m’embrasse, il enroule sa langue à la mienne et y répands un alcool sucré. Je dis que je ne dois pas boire plus car je conduis. Il continue d’embrasser. Plus tard encore, je lui dis que je dois partir. Il demande mon téléphone. Je lui donne mon téléphone. Il me demande de le vérifier. Je vérifie, malgré l’alcool je ne me suis pas trompé. Puis arrive le dimanche. Bien sûr, pas un message, pas un coup de fil. Il me ramène à cette soirée dont je me souviens à peine où j’avais flirté avec lui, tendrement, puis dont je m’étais échappé, sans un mot. Sage vengeance. Je vais au cinéma deux fois. Et je pleure deux fois. Les larmes crient de moi. Elles déchirent ma joue. Je pense à ma grand-mère de cœur qui me manque. Je pense à Julien. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à lui. Mon ami Eric, comme mon grand frère, me dit que les larmes trahissent le parcours lent mais certain du deuil, que c’est inutile de lutter contre la pensée, la tristesse et le regret, mais que sûrement, le miracle aura lieu, je me réveillerai un matin sorti de Julien complètement, indifférent, soigné enfin du mal qu’il a commis. Je pleure et je reviens naïvement vers mon portable. Pas un message de sa part. C’est normal. Le souvenir simplement d’un petit ange blond au corps délicieux, la bouche gourmande et le sexe dur comme un arc tendu vers demain.]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100307234103/l-egarement-11/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-03-07T23:41:03+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100304000642/l-egarement-10/"><title>L'égarement 10</title><description>Ce soir, cinéma. La régularité du livre. L'autre nuit je fais l'amour à un jeune-homme de vingt ans à peine. Rien d'autre que le passage d'un corps contre le mien. Un désir absenté. </description><content:encoded><![CDATA[Ce soir, cinéma. La régularité du livre. L’autre nuit je fais l’amour à un jeune-homme de vingt ans à peine. Rien d’autre que le passage d’un corps contre le mien. Un désir absenté. ]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100304000642/l-egarement-10/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-03-04T00:06:42+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100301231917/l-egarement-9/"><title>L'égarement 9</title><description>Je poursuis mon roman. Ca compte vraiment. Les mots s'écrivent, dans une lenteur inouïe. Souvent je crois que ma grand-mère est là, repliée contre un fauteuil, qu'elle me regarde écrire, que ses doigts guident l'étrangeté de la gestualité littéraire. Je crois ça. Je suis certain de la force qu'elle me donne à continuer l'histoire. J'ai repris à boire aussi. Je pense à la solitude de Julien. A sa douleur. Je me rends compte qu'en abandonnant notre amour, il a abandonné les conversations nocturnes avec des amants de passage. Cet après-midi, en nageant, je suis saisi de l'effarement de nous, pendant ces années-là. Je pense qu'il est mort. Qu'il s'est jeté du haut d'un pont dans un bain d'écume. Ma manière à moi de faire le deuil, c'est de le ranger à l'endroit des morts, près de l'espièglerie magnifique de ma grand-mère, dans ses ricanements de lumière et de pauvreté.</description><content:encoded><![CDATA[Je poursuis mon roman. Ca compte vraiment. Les mots s’écrivent, dans une lenteur inouïe. Souvent je crois que ma grand-mère est là, repliée contre un fauteuil, qu’elle me regarde écrire, que ses doigts guident l’étrangeté de la gestualité littéraire. Je crois ça. Je suis certain de la force qu’elle me donne à continuer l’histoire. J’ai repris à boire aussi. Je pense à la solitude de Julien. A sa douleur. Je me rends compte qu’en abandonnant notre amour, il a abandonné les conversations nocturnes avec des amants de passage. Cet après-midi, en nageant, je suis saisi de l’effarement de nous, pendant ces années-là. Je pense qu’il est mort. Qu’il s’est jeté du haut d’un pont dans un bain d’écume. Ma manière à moi de faire le deuil, c’est de le ranger à l’endroit des morts, près de l’espièglerie magnifique de ma grand-mère, dans ses ricanements de lumière et de pauvreté.]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100301231917/l-egarement-9/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-03-01T23:19:17+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100226010049/l-egarement-8/"><title>L'égarement 8</title><description>Soudain, je sais. Même s'il est tard, une heure du matin déjà, que je travaille demain, je sais que je dois l'écrire, qu'il y a là, dressé contre moi, un ordre fait à l'écrire. Je sais. C'est illuminant de vérité. Ca crie de moi, enfin, c'est une révélation. Je sais que ce qui est arrivé avec Julien est situé au-delà de la personne de Julien. Je sais que les événements de notre amour, tels qu'ils ont eu lieu exactement, ils étaient situés dans la préhistoire de moi. C'était le recommencement d'une affaire d'enfance. Une répétition du geste premier. Je sais que Julien m'a aimé. Bien sûr, il a rencontré en moi le reflet de ses propres fantômes, il a menti, il m'a trompé, absolument, il l'a fait, mais moi, moi, voilà moi, j'ai été une nouvelle fois dans la folie.

J'ai été fou. Maintenant je me souviens de ces soirées ou de ces nuits, quand, assommé de douleur, je restais dans le noir de la cage d'escaliers, à pleurer, à gémir de l'amour. Julien souffrait absolument de ces tyrannies amoureuses. Je sais qu'en écrivant cela, en parvenant à la vérité de ce hors de moi, la colère s'éteint. Ca, cette folie, cette supplication d'aimance, ça a été toujours depuis l'enfance, depuis la violence de ma propre mère, jusqu'à celle de ces amants impossibles que j'aimais à en mourir. 
</description><content:encoded><![CDATA[Soudain, je sais. Même s’il est tard, une heure du matin déjà, que je travaille demain, je sais que je dois l’écrire, qu’il y a là, dressé contre moi, un ordre fait à l’écrire. Je sais. C’est illuminant de vérité. Ca crie de moi, enfin, c’est une révélation. Je sais que ce qui est arrivé avec Julien est situé au-delà de la personne de Julien. Je sais que les événements de notre amour, tels qu’ils ont eu lieu exactement, ils étaient situés dans la préhistoire de moi. C’était le recommencement d’une affaire d’enfance. Une répétition du geste premier. Je sais que Julien m’a aimé. Bien sûr, il a rencontré en moi le reflet de ses propres fantômes, il a menti, il m’a trompé, absolument, il l’a fait, mais moi, moi, voilà moi, j’ai été une nouvelle fois dans la folie.<br />
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J’ai été fou. Maintenant je me souviens de ces soirées ou de ces nuits, quand, assommé de douleur, je restais dans le noir de la cage d’escaliers, à pleurer, à gémir de l’amour. Julien souffrait absolument de ces tyrannies amoureuses. Je sais qu’en écrivant cela, en parvenant à la vérité de ce hors de moi, la colère s’éteint. Ca, cette folie, cette supplication d’aimance, ça a été toujours depuis l’enfance, depuis la violence de ma propre mère, jusqu’à celle de ces amants impossibles que j’aimais à en mourir. <br />
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La colère. Je laisse l'autre jour un message à un de ses amis afin qu'il lui transmette le décès de ma grand-mère. Cet ami me répond que je suis naze de m'être défait de son numéro de téléphone, que Julien n'est pas un monstre. Il écrit ça, cet homme, le jour où j'apprends la mort de ma grand-mère chérie. Ce sont ses mots. Naze, il écrit. La colère, bien sûr. Et la force de l'inconscient. Une fois sorti du bassin, je cherche le casier où j'ai laissé mes affaires. Miraculeusement, mon casier se trouve à côté du sien.  Julien termine d'enfiler une chemise. Je ne peux pas le regarder. Je ne peux pas regarder un homme qui ment. Je suis épuisé. Parfois, je crois que je sors d'un état de guerre, un état de siège où l'ennemi m'a bombardé du venin de ses mensonges. Je dîne hier soir avec mon ami Renan. Julien lui a laissé un message sur son téléphone début février sur lequel il lui confie que son grand-père est décédé et qu'il sera absent de ses cours de yoga pour quelques semaines. Je sais que c'est un message qui m'est destiné car il connaît mon amitié de longue date avec Renan. Je voudrais que cette guerre cesse. Je voudrais que Julien ne fréquente plus mes amis, qu'il n'y ait plus de lien aucun entre nous, que personne ne puisse me témoigner de l'écroulement de sa monstruosité.

Car, oui, Julien a été monstrueux de menteries. Je suis un homme défait. Je ne parviens plus à aucune sexualité. Lorsque des hommes m'abordent dans la rue, je panique et je cours me réfugier dans l'enclos de chez moi. Personne ne peut comprendre la fulgurance du choc. Je me suis laissé abuser par un homme en qui j'ai cru, nous avons acheté un appartement ensemble, des meubles, j'ai cru que l'amour détrônerait ses mensonges, ses addictions. J'ai cru ça. C'est imbécile de croire les choses de la sorte. Aujourd'hui, je ne veux plus d'amour. Plus de sexualité. Plus rien qui ne me ramène à l'amour. Je sors d'une guerre. Le dos est courbé. La pluie habite mon sexe. 

Je n'existe plus. Je suis une ombre morte.
</description><content:encoded><![CDATA[C’est mardi, je crois, la piscine où je vais nager chaque jour sur le boulevard des Maréchaux, dans le 12ème est fermée pour 15 jours, je décide de me rendre dans une autre piscine dans le 19ème, rue David d’Angers, que Julien m’avait fait connaître au temps de notre amour. Julien, justement. Je me dis qu’il n’y a pas de raison à l’heure où je me rends de le trouver. Je me trompe. Immédiatement dans le bassin, sur la ligne parallèle à la mienne, je le vois. Il me voit aussi, je le sais. Son corps est amaigri, blafard presque, je crois que son corps est malade, saisi d’infirmité. Dès que je le vois, je suis pris de colère. La blessure s’ouvre de nouveau. La colère envahit la gestualité aquatique de moi. Je pense à la rondeur de son cul qu’il m’a toujours refusée, les deux années de notre amour, l’endroit même où la maladie l’a pénétré et continue de le ronger. C’est de cet endroit encore que je désirais avec force que la maladie m’est arrivée aussi. Je pense à ces années de mensonge où il  me disait avec conviction que la sodomie le brutalisait. Jamais il n’a laissé mon sexe entrer dans l’alcôve de lui. J’ai pensé à ces soirées où il m’enserrait avec amour, alors même qu’il s’était adonné à la brutalité de la pénétration d’un autre dans la journée. J’ai pensé à cet homme qu’il voyait régulièrement, Vincent, auquel il m’a demandé d’apporter des disques. J’ai pensé à la règle que je lui avais imposée par laquelle je lui accordais la droit de déroger à la fidélité dès lors que ce n’était pas régulier, qu’il ne revoyait pas ses amants et qu’il ne me condamnait pas à la frustration sexuelle. Il a menti, évidemment, avec puissance, arrogance, il a revu des hommes les deux années de notre union, il a cessé de me donner son corps. <br />
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La colère. Je laisse l’autre jour un message à un de ses amis afin qu’il lui transmette le décès de ma grand-mère. Cet ami me répond que je suis naze de m’être défait de son numéro de téléphone, que Julien n’est pas un monstre. Il écrit ça, cet homme, le jour où j’apprends la mort de ma grand-mère chérie. Ce sont ses mots. Naze, il écrit. La colère, bien sûr. Et la force de l’inconscient. Une fois sorti du bassin, je cherche le casier où j’ai laissé mes affaires. Miraculeusement, mon casier se trouve à côté du sien.  Julien termine d’enfiler une chemise. Je ne peux pas le regarder. Je ne peux pas regarder un homme qui ment. Je suis épuisé. Parfois, je crois que je sors d’un état de guerre, un état de siège où l’ennemi m’a bombardé du venin de ses mensonges. Je dîne hier soir avec mon ami Renan. Julien lui a laissé un message sur son téléphone début février sur lequel il lui confie que son grand-père est décédé et qu’il sera absent de ses cours de yoga pour quelques semaines. Je sais que c’est un message qui m’est destiné car il connaît mon amitié de longue date avec Renan. Je voudrais que cette guerre cesse. Je voudrais que Julien ne fréquente plus mes amis, qu’il n’y ait plus de lien aucun entre nous, que personne ne puisse me témoigner de l’écroulement de sa monstruosité.<br />
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Car, oui, Julien a été monstrueux de menteries. Je suis un homme défait. Je ne parviens plus à aucune sexualité. Lorsque des hommes m’abordent dans la rue, je panique et je cours me réfugier dans l’enclos de chez moi. Personne ne peut comprendre la fulgurance du choc. Je me suis laissé abuser par un homme en qui j’ai cru, nous avons acheté un appartement ensemble, des meubles, j’ai cru que l’amour détrônerait ses mensonges, ses addictions. J’ai cru ça. C’est imbécile de croire les choses de la sorte. Aujourd’hui, je ne veux plus d’amour. Plus de sexualité. Plus rien qui ne me ramène à l’amour. Je sors d’une guerre. Le dos est courbé. La pluie habite mon sexe. <br />
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Je n’existe plus. Je suis une ombre morte.<br />
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C'est ce qui est survenu. Le matin, mardi, elle n'était plus. Elle avait omis de se relier au respirateur.  En apprenant la nouvelle, j'ai fondu en larmes immédiatement. J'ai pleuré une partie de la journée comme si, véritablement, je perdais la certitude d'un amour. Le manque était déjà là, l'étreinte suffocante du manque. Soudain, le manque s'incarnait dans le souvenir des choses qui nous faisaient être si proches l'un de l'autre. Les petites tasses en porcelaine qu'elle sortait pour le café, les bouteilles d'apéritif rangées sous l'évier, le journal de mots croisés ouvert sur les genoux, la télévision allumée, les appareils ménagers que je réglais à chaque passage à l'heure nouvelle, le petit restaurant à l'angle de l'avenue. 

Souvent l'incarnation de l'être aimé a lieu dans la matérialité de lui. Je sais que je ne la verrai plus, jamais, mais que son visage demeure en moi, dans la beauté des gestes qui nous ont réunis. Alors que nous attendions les corbillards dans la solitude de son salon, sa présence se faisait vive. Elle disait des mots comme des romans. Elle disait qu'il était inutile de pleurer trop longtemps, que la vraie vie se déroulait encore, qu'enfin elle avait retrouvé son mari et son enfant défunts, qu'elle nous laissait à l'ironie de l'existence, à la continuité d'elle. 
</description><content:encoded><![CDATA[Voilà, hier dans la matinée, celle que j’appelle ma grand-mère de cœur, Paulette, a oublié de respirer et s’est éteinte dans un soubresaut de poitrine. Je ne sais pas mais dimanche, j’ai su que je ne le verrais plus, que les choses arriveraient, irrémédiablement. Il y avait urgence à la voir, à saisir la douceur de ses doigts, à me réfugier dans l’onde apaisante de son cou. J’ai abandonné tout ce que j’étais en train de faire et j’ai pris le métro, depuis la station Michel Bizot jusqu’à celle de Boucicaut, à l’autre bout de la ligne 8. Evidemment, elle était comme à son habitude, riante et énergique. C’était ce petit morceau de femme que je lui connais depuis toujours, s’ébrouant de drôleries. Nous avons pris un café. Elle a dit qu’elle était angoissée, à l’idée d’un changement inopiné de train, qu’elle avait préparé la liste des organismes et des gens à prévenir de son absence. Le papier était griffonné sur la table. En bas de la liste, il y avait mon nom. Je lui ai dit de rajouter la pharmacie afin qu’on lui renouvelle son ordonnance pour le cœur. Elle a rajouté les coordonnées de l’officine. Elle était là, dimanche, devant moi, encore vivante, somptueuse et grande, la liste entre les doigts. La liste. C’était plus qu’une liste de voyage. C’était l’annonce d’un plus grand départ, dans l’au-delà de l’humanité, c’était la liste d’une femme qui a traversé le siècle et qui se prépare à nous dire adieu. <br />
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C’est ce qui est survenu. Le matin, mardi, elle n’était plus. Elle avait omis de se relier au respirateur.  En apprenant la nouvelle, j’ai fondu en larmes immédiatement. J’ai pleuré une partie de la journée comme si, véritablement, je perdais la certitude d’un amour. Le manque était déjà là, l’étreinte suffocante du manque. Soudain, le manque s’incarnait dans le souvenir des choses qui nous faisaient être si proches l’un de l’autre. Les petites tasses en porcelaine qu’elle sortait pour le café, les bouteilles d’apéritif rangées sous l’évier, le journal de mots croisés ouvert sur les genoux, la télévision allumée, les appareils ménagers que je réglais à chaque passage à l’heure nouvelle, le petit restaurant à l’angle de l’avenue. <br />
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Souvent l’incarnation de l’être aimé a lieu dans la matérialité de lui. Je sais que je ne la verrai plus, jamais, mais que son visage demeure en moi, dans la beauté des gestes qui nous ont réunis. Alors que nous attendions les corbillards dans la solitude de son salon, sa présence se faisait vive. Elle disait des mots comme des romans. Elle disait qu’il était inutile de pleurer trop longtemps, que la vraie vie se déroulait encore, qu’enfin elle avait retrouvé son mari et son enfant défunts, qu’elle nous laissait à l’ironie de l’existence, à la continuité d’elle. <br />
]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100217115951/l-egarement-6/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-02-17T11:59:51+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100206140931/l-egarement-5/"><title>L'égarement 5</title><description>Je passe au bureau, hier soir, récupérer un livre afin de préparer un cours. Dans le livre, il y a une carte postale, trouée d'un cœur. Julien écrit de l'endroit où il livre son animalité sexuelle à la pâture homosexuelle de la plage, au sud de Bordeaux, le premier été où nous nous sommes aimés. Il dit qu'en dépit du fait il parle peu, il m'aime. La mémoire avait écarté cette correspondance. Sur l'instant, je suis saisi de douleur devant l'étendue de ses mots. Je suis en colère aussi. Je me dis qu'il y a une étrangeté à aimer un homme et à la tromper continuellement, à lui mentir jour après jour. Puis, je ne pense plus. Je vais danser dans une petite discothèque parisienne, rue au Maire. Je reconnais l'évidence de ma séduction. Plusieurs hommes me sourient, s'immiscent dans l'impertinence de moi. Ca arrive tous les jours, ces hommes qui me sourient et qui me proposent de me rendre chez eux. A la piscine, souvent, ils viennent à moi et me proposent de les rejoindre. Depuis ma séparation avec Julien, je suis terrorisé à l'idée d'une sexualité, de m'offrir au recommencement d'un homme. Ce que je veux aujourd'hui, c'est être à la quiétude de moi, me reconstruire, me donner à la totalité de l'écrire. Mon roman. C'est ce qui compte. Tous les jours, je pense à l'ébauche d'événements nouveaux. Je ne me sépare plus de l'écriture du livre. Je suis hanté par la résonnance de mes personnages. Surtout, la mère, cette femme qui disparaît lentement, la cruauté d'elle, la froideur de son destin maternel, la macabre descendance de son amour. 

Il n'y a rien qui ne soit issu de moi dans ce livre, sinon le livre lui-même, le retour à l'écrire.
</description><content:encoded><![CDATA[Je passe au bureau, hier soir, récupérer un livre afin de préparer un cours. Dans le livre, il y a une carte postale, trouée d’un cœur. Julien écrit de l’endroit où il livre son animalité sexuelle à la pâture homosexuelle de la plage, au sud de Bordeaux, le premier été où nous nous sommes aimés. Il dit qu’en dépit du fait il parle peu, il m’aime. La mémoire avait écarté cette correspondance. Sur l’instant, je suis saisi de douleur devant l’étendue de ses mots. Je suis en colère aussi. Je me dis qu’il y a une étrangeté à aimer un homme et à la tromper continuellement, à lui mentir jour après jour. Puis, je ne pense plus. Je vais danser dans une petite discothèque parisienne, rue au Maire. Je reconnais l’évidence de ma séduction. Plusieurs hommes me sourient, s’immiscent dans l’impertinence de moi. Ca arrive tous les jours, ces hommes qui me sourient et qui me proposent de me rendre chez eux. A la piscine, souvent, ils viennent à moi et me proposent de les rejoindre. Depuis ma séparation avec Julien, je suis terrorisé à l’idée d’une sexualité, de m’offrir au recommencement d’un homme. Ce que je veux aujourd’hui, c’est être à la quiétude de moi, me reconstruire, me donner à la totalité de l’écrire. Mon roman. C’est ce qui compte. Tous les jours, je pense à l’ébauche d’événements nouveaux. Je ne me sépare plus de l’écriture du livre. Je suis hanté par la résonnance de mes personnages. Surtout, la mère, cette femme qui disparaît lentement, la cruauté d’elle, la froideur de son destin maternel, la macabre descendance de son amour. <br />
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Il n’y a rien qui ne soit issu de moi dans ce livre, sinon le livre lui-même, le retour à l’écrire.<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100206140931/l-egarement-5/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-02-06T14:09:31+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100131104037/l-egarement-4/"><title>L'égarement 4</title><description>Voilà, il y a l'écriture. Je lutte pour elle avec l'appétit d'un ogre. J'ai l'impression que d'une écriture incestueuse, j'ai accouché d'une littérature qui m'appartient enfin. J'écris un roman dont je ne suis pas encore certain du titre. L'écriture se fait vive, évidente. Je suis hanté par ses personnages. C'est l'histoire d'une famille qui se retrouve autour de la mère, en été, en Bretagne, près de Saint Malo. C'est l'histoire d'une écriture qui reprend. Moins j'écris sur moi-même, et plus l'évidence de la littéralité se fait. Il y a une sorte d'ivresse jouissive que de se raconter dans des gens qui nous sont étrangers. Relativement étrangers, dans la mesure où la vérité narrative est indéniablement une métaphore de sa propre vérité.</description><content:encoded><![CDATA[Voilà, il y a l’écriture. Je lutte pour elle avec l’appétit d’un ogre. J’ai l’impression que d’une écriture incestueuse, j’ai accouché d’une littérature qui m’appartient enfin. J’écris un roman dont je ne suis pas encore certain du titre. L’écriture se fait vive, évidente. Je suis hanté par ses personnages. C’est l’histoire d’une famille qui se retrouve autour de la mère, en été, en Bretagne, près de Saint Malo. C’est l’histoire d’une écriture qui reprend. Moins j’écris sur moi-même, et plus l’évidence de la littéralité se fait. Il y a une sorte d’ivresse jouissive que de se raconter dans des gens qui nous sont étrangers. Relativement étrangers, dans la mesure où la vérité narrative est indéniablement une métaphore de sa propre vérité.]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100131104037/l-egarement-4/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-01-31T10:40:37+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100108094607/l-egarement-3/"><title>L'égarement 3</title><description>En m'enfonçant dans cette perte d'amour, je commence à mourir, un peu. Je veux dire que perdre un amour, c'est aussi s'échouer dans les tréfonds du deuil, dans la vérité et la lenteur assumée du deuil. Toutefois, je crois que je ne meure pas tant de la disparition de l'amour que de la trahison qu'il m'en reste, du souvenir de ses mensonges, jour après jour, ses tromperies, ses humiliations, ses empêchements de sexualité, ses conversations des week-ends et des soirées  entiers avec des amants sur l'ordinateur. Je suis anéanti par le souvenir glaçant de ses mensonges,  comme si de notre amour illuminant, ne subsistait que la torpeur de l'abaissement. L'autre jour, je vais nager dans une piscine dans le 15ème arrondissement de Paris. Il y a un jeune-homme blond très beau qui occupe la même ligne que moi. Je vois son corps, immédiatement, très fin, musclé sur la poitrine, faiblement poilu. Il me regarde à plusieurs reprises et ses yeux d'un bleu aigu me transpercent. Je m'éloigne du bassin et je vais me fondre aux bulles d'un jacuzzi, dans un bassin voisin. Il  me suit et s'assoit juste à côté de moi. Il me suit encore dans les douches puis dans la rue. Je vois qu'il est très beau. Je sais que son corps saurait me faire bander, dangereusement. Mais je ne peux pas. Je suis arrêté. A cause de cette destruction faite à mon corps, à mes désirs. Le soir, à la maison, je pleure longuement, dans l'accablement de la douleur. Ce jeune éphèbe était comme un ange. Un signe de Dieu, je suis sûr. Mais voilà,  je suis mort, je crois, inscrit dans l'infirmité de la douleur.

Le lendemain, c'est lundi, je passe dans notre ancien appartement récupérer quelques affaires. Il a posé sur la table du salon une boite de chocolats où soigneusement, il a écrit : pour Laurent, bon Noël et bonne année. Je suis humilié de ça. Je refuse son cadeau. Il dit qu'il les a achetés en Norvège, pour moi. Il commet le mensonge jusqu'au bout. Bientôt le bien sera vendu. J'aurai perdu 8000 euros. Je me dis que ça n'est que de l'argent. Rien d'autre. J'aurai perdu bien plus que de l'argent. Mon identité, ma fierté, mon honneur. Il me faut me reconstruire au même rythme que je vais reconstituer l'argent perdu. J'ai l'impression de renaître à l'imminence de moi. De revenir  l'essence littéraire de moi.

Parfois, quand je suis en ville ou au cinéma, que je vois les gens s'aimer, je pense de nouveau au crépuscule de notre amour, à l'étouffement de ses bras, à l'odeur de sa bouche, de ses cheveux, de sa peau. Mais je me dis immédiatement que je me trompe, qu'en vérité, celui que Julien a aimé le mieux, c'est lui-même, sa propre volupté, ses propres désirs. Je me souviens de son ami, qui, un jour, au bord de la piscine, me confiait que son plus gros mensonge parmi tous les autres, c'était moi. J'ai eu mal, évidemment, mais, désormais, avec le recul nécessaire, je sais que ses paroles étaient véritables.
</description><content:encoded><![CDATA[En m’enfonçant dans cette perte d’amour, je commence à mourir, un peu. Je veux dire que perdre un amour, c’est aussi s’échouer dans les tréfonds du deuil, dans la vérité et la lenteur assumée du deuil. Toutefois, je crois que je ne meure pas tant de la disparition de l’amour que de la trahison qu’il m’en reste, du souvenir de ses mensonges, jour après jour, ses tromperies, ses humiliations, ses empêchements de sexualité, ses conversations des week-ends et des soirées  entiers avec des amants sur l’ordinateur. Je suis anéanti par le souvenir glaçant de ses mensonges,  comme si de notre amour illuminant, ne subsistait que la torpeur de l’abaissement. L’autre jour, je vais nager dans une piscine dans le 15ème arrondissement de Paris. Il y a un jeune-homme blond très beau qui occupe la même ligne que moi. Je vois son corps, immédiatement, très fin, musclé sur la poitrine, faiblement poilu. Il me regarde à plusieurs reprises et ses yeux d’un bleu aigu me transpercent. Je m’éloigne du bassin et je vais me fondre aux bulles d’un jacuzzi, dans un bassin voisin. Il  me suit et s’assoit juste à côté de moi. Il me suit encore dans les douches puis dans la rue. Je vois qu’il est très beau. Je sais que son corps saurait me faire bander, dangereusement. Mais je ne peux pas. Je suis arrêté. A cause de cette destruction faite à mon corps, à mes désirs. Le soir, à la maison, je pleure longuement, dans l’accablement de la douleur. Ce jeune éphèbe était comme un ange. Un signe de Dieu, je suis sûr. Mais voilà,  je suis mort, je crois, inscrit dans l’infirmité de la douleur.<br />
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Le lendemain, c’est lundi, je passe dans notre ancien appartement récupérer quelques affaires. Il a posé sur la table du salon une boite de chocolats où soigneusement, il a écrit : pour Laurent, bon Noël et bonne année. Je suis humilié de ça. Je refuse son cadeau. Il dit qu’il les a achetés en Norvège, pour moi. Il commet le mensonge jusqu’au bout. Bientôt le bien sera vendu. J’aurai perdu 8000 euros. Je me dis que ça n’est que de l’argent. Rien d’autre. J’aurai perdu bien plus que de l’argent. Mon identité, ma fierté, mon honneur. Il me faut me reconstruire au même rythme que je vais reconstituer l’argent perdu. J’ai l’impression de renaître à l’imminence de moi. De revenir  l’essence littéraire de moi.<br />
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Parfois, quand je suis en ville ou au cinéma, que je vois les gens s’aimer, je pense de nouveau au crépuscule de notre amour, à l’étouffement de ses bras, à l’odeur de sa bouche, de ses cheveux, de sa peau. Mais je me dis immédiatement que je me trompe, qu’en vérité, celui que Julien a aimé le mieux, c’est lui-même, sa propre volupté, ses propres désirs. Je me souviens de son ami, qui, un jour, au bord de la piscine, me confiait que son plus gros mensonge parmi tous les autres, c’était moi. J’ai eu mal, évidemment, mais, désormais, avec le recul nécessaire, je sais que ses paroles étaient véritables.<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100108094607/l-egarement-3/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-01-08T09:46:07+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20100108094458/l-egarement-2/"><title>L'égarement 2</title><description>Hier, c'était dans la voiture, à la sortie de Paris, dans l'envahissement du trafic, la radio très forte, la buée sur les vitres arrières, la pluie crépitée de gel, c'est arrivé, je veux dire, je n'ai pas pu empêcher les choses, c'est arrivé malgré moi, au-delà de mes forces, j'ai pleuré. Les larmes dévalaient de mes yeux et s'écrasaient sur la pointe des lèvres. A l'extérieur de la voiture, je voyais les visages des enfants et des conducteurs, tous ensembles dans la solitude des embouteillages, le visage épuisé, les gens me voyaient pleurer, sans un geste, sans aucune humanité à travers le filtre de leur fenêtre. C'était une sorte de soulagement, ces larmes, le signe de la rupture enfin, un point d'honneur à terminer notre histoire. Les cris ultimes. Les larmes dernières. Il y avait quelque chose d'incroyable que de pleurer un jour comme celui-là, un 24 décembre, à un pareil endroit de l'année où la plupart des hommes et des femmes qui s'engluent sur le périphérique parisien, se réjouissent des gueuletons à venir, des cadeaux à partager. En pleurant, j'ai pensé qu'en deux ans d'amour, nous n'avions partagé aucun Noël en famille. Nous n'avions voyagé nulle part. Nous avions essayé de nous aimer, de nous comprendre et nous dompter. J'avais échoué dans cette expérience folle. Je n'étais pas parvenu à assagir sa sexualité. C'était un échec total. En 37 ans d'existence, je n'étais parvenu à tenir aucune promesse d'amour. Depuis 37 ans j'errais d'un fantôme d'amour à un autre. Rien ne demeurait. C'étaient des morceaux d'histoire, des tentatives amoureuses. Des voyages dans le cosmos de l'autre. Des escapades dans l'inconnu de l'autre. A chacune de ces issues amoureuses, je me rendais à l'évidence de mon propre évidement, que je m'étais égaré de moi-même dans un semblant de bonheur, que je m'étais évidé de ma propre substance amoureuse au lieu de m'être abreuvé du territoire de l'autre. Que finalement, ces dérobades amoureuses avaient tenu la seule fonction du dévidoir. Alors qu'à chaque nouvelle histoire, je croyais me grandir, je m'enfonçais dans les ténèbres de moi-même, je dépeçais ma chair de sa substance.

La région parisienne a cessé. La pluie s'est mise à tomber bruyamment, se transformant en neige grise sur le couvercle de la voiture. Je suis rentré dans l'Ouest. La mer, même lointaine, a commencé à se faire sentir. Le vent s'est levé. J'ai pensé que par amour, je suis allé à Paris, et que par amour aussi, je quitterais le tumulte de la ville. Les arbres déguenillés le long de la route gémissaient tendrement. J'ai pensé que le véritable creuset de l'humanité réside à l'intérieur des terres gorgées de soleil et de ciel. J'ai pensé à cette consultation récente par une astrologue qui me conseillait de fuir au plus vite l'éternuement parisien. Bien sûr, j'ai peur. A chaque idée de départ, je suis transi de peur. Je crois que demain ne sera plus possible sans l'éternité d'un bras amoureux.
</description><content:encoded><![CDATA[Hier, c’était dans la voiture, à la sortie de Paris, dans l’envahissement du trafic, la radio très forte, la buée sur les vitres arrières, la pluie crépitée de gel, c’est arrivé, je veux dire, je n’ai pas pu empêcher les choses, c’est arrivé malgré moi, au-delà de mes forces, j’ai pleuré. Les larmes dévalaient de mes yeux et s’écrasaient sur la pointe des lèvres. A l’extérieur de la voiture, je voyais les visages des enfants et des conducteurs, tous ensembles dans la solitude des embouteillages, le visage épuisé, les gens me voyaient pleurer, sans un geste, sans aucune humanité à travers le filtre de leur fenêtre. C’était une sorte de soulagement, ces larmes, le signe de la rupture enfin, un point d’honneur à terminer notre histoire. Les cris ultimes. Les larmes dernières. Il y avait quelque chose d’incroyable que de pleurer un jour comme celui-là, un 24 décembre, à un pareil endroit de l’année où la plupart des hommes et des femmes qui s’engluent sur le périphérique parisien, se réjouissent des gueuletons à venir, des cadeaux à partager. En pleurant, j’ai pensé qu’en deux ans d’amour, nous n’avions partagé aucun Noël en famille. Nous n’avions voyagé nulle part. Nous avions essayé de nous aimer, de nous comprendre et nous dompter. J’avais échoué dans cette expérience folle. Je n’étais pas parvenu à assagir sa sexualité. C’était un échec total. En 37 ans d’existence, je n’étais parvenu à tenir aucune promesse d’amour. Depuis 37 ans j’errais d’un fantôme d’amour à un autre. Rien ne demeurait. C’étaient des morceaux d’histoire, des tentatives amoureuses. Des voyages dans le cosmos de l’autre. Des escapades dans l’inconnu de l’autre. A chacune de ces issues amoureuses, je me rendais à l’évidence de mon propre évidement, que je m’étais égaré de moi-même dans un semblant de bonheur, que je m’étais évidé de ma propre substance amoureuse au lieu de m’être abreuvé du territoire de l’autre. Que finalement, ces dérobades amoureuses avaient tenu la seule fonction du dévidoir. Alors qu’à chaque nouvelle histoire, je croyais me grandir, je m’enfonçais dans les ténèbres de moi-même, je dépeçais ma chair de sa substance.<br />
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La région parisienne a cessé. La pluie s’est mise à tomber bruyamment, se transformant en neige grise sur le couvercle de la voiture. Je suis rentré dans l’Ouest. La mer, même lointaine, a commencé à se faire sentir. Le vent s’est levé. J’ai pensé que par amour, je suis allé à Paris, et que par amour aussi, je quitterais le tumulte de la ville. Les arbres déguenillés le long de la route gémissaient tendrement. J’ai pensé que le véritable creuset de l’humanité réside à l’intérieur des terres gorgées de soleil et de ciel. J’ai pensé à cette consultation récente par une astrologue qui me conseillait de fuir au plus vite l’éternuement parisien. Bien sûr, j’ai peur. A chaque idée de départ, je suis transi de peur. Je crois que demain ne sera plus possible sans l’éternité d’un bras amoureux.<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20100108094458/l-egarement-2/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2010-01-08T09:44:58+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20091227125010/l-egarement-1/"><title>L'égarement 1</title><description>La plupart du temps, en commençant une histoire d'amour, on croit sa fin impossible. Du moins, la douleur de sa disparition nous semble insurmontable. On croit ça. On est suspendu à l'illusion de ça, que cette histoire ne se terminera jamais, que son issue est incertaine. Qu'elle ne nous existe pas. Que la douleur des histoires d'amour appartient aux autres. Aux autres, loin de nous.
J'ai aimé Julien comme jamais jusqu'alors je n'avais aimé un homme. J'ai aimé cet homme jusqu'à me perdre moi-même, dans une désintégration identitaire de moi-même, totale. Dans le déni de mon corps, de mon honneur, de ma beauté, de ma propre permanence. Pendant cet amour-là, j'ai cessé d'exister. Je n'ai plus été en dehors de l'odeur de sa peau, de la tuerie de son amour. J'étais devenu une sorte de spectre amoureux.
Jusqu'à cela n'arrive, j'ai pensé que jamais je ne survivrais à l'éventualité de cette perte. En vérité, comme tous les deuils, on survit à cela. C'est même au-delà de soi. On vit, véritablement. De toutes les douleurs d'amour, on se remet finalement. Ca passe. On boit bien sûr, on pleure, mais on survit. On demeure dans la durée de soi.
Ca a cessé. Ce que je croyais hors de moi est survenu. Nous nous sommes séparés. J'ai cessé de l'aimer. En vérité, je suis revenu à moi. J'étais un homme mort. Nous avons vendu l'appartement rue Picpus et j'en ai loué un autre, à la hâte, dans la même rue, au 114. C'est un appartement dressé au cinquième étage. J'ai su immédiatement en visitant l'appartement que l'écriture surviendrait de nouveau. Que la poésie serait de nouveau. Qu'en perdant cet amour, je gagnerais l'écrire. Que ce que j'av	ais mis hors de moi, ce que j'avais oublié de moi, cette force à écrire, à faire surgir le réel dans les mots, c'était là de nouveau, dans l'immédiateté de la disparition.
Souvent encore, je crois que je l'aime encore. Je me trompe. J'aime le souvenir de lui. L'odeur passée de ses cheveux, la crispation de son corps la nuit contre le mien. Quand je croise son regard pour des choses administratives, je suis foudroyé de douleur. Je crois que je ne vais pas survivre. Je me trompe. Je continue. Je suis là, à écrire, dans la vérité du geste des mots sur le papier. Quand je croise ses yeux, je sais tout de suite la fulgurance de sa propre douleur. Je vois l'intérieur de son regard écrasé de détresse. Je ne veux pas savoir la douleur qui est la sienne. J'ai trop souffert moi aussi. J'ai été humilié, réduit à la défection absolue de sa tromperie et des ses mensonges. Aussi longtemps que notre amour a duré, aussi longues ont été les heures à pleurer, à me vider de moi, à l'attendre, à espérer que les mensonges cesseraient, qu'il ne donnerait plus son corps à d'autres que moi, à souhaiter que le refus d'aimance et de sexualité s'épuiseraient. 
Il est couché dans le lit défait, il caresse du bout des doigts la tête de mon chat, il y a du sanglot dans sa bouche. Je me défends de cette image. Je ne veux pas voir ça. Je ne veux pas être saisi par sa douleur. Je me rappelle la solitude qui était mienne pendant qu'il couchait avec des hommes, qu'il s'offrait à eux avec l'insolence d'un animal. Je me rappelle les précipices qui s'ouvraient sous mes pieds dans le tunnel du métro. Lui, couchait. Il riait. Il suçait des sexes bandés. Il recevait des messages téléphoniques de ses amants en permanence. Il faisait ça chaque jour, à chacune de mes disparitions, il commettait la terreur du mensonge. Je savais évidemment, mais je ne voulais pas me rendre à l'évidence de sa cruauté. J'étais aveugle. Déformé par l'amour. Ce que je croyais de l'amour. Toutes ces fois où j'ai cru mourir de son égoïsme, je me souviens. Toutes les fois où j'étais été tenté par le renversement de mon corps dans les abîmes de l'alcool, je me souviens. Je me souviens de l'exactitude de la meurtrissure, du corps rongé, du visage vieilli, des contours de moi crispés de rides. Je me souviens de l'attente surtout. De ces heures nocturnes à espérer un tremblement de sexualité.
Je ne peux plus regarder Julien avec respect. Je ne sais pas d'où les gens tirent une pareille méchanceté. Je ne sais pas. Toujours il y aura le mystère et l'ignorance de son ignominie. Ce midi, en me rendant à la maison, du moins ce qui reste de notre maison ancienne, je l'ai trouvé dans son lit, éteint, le visage très blanc, fébrile. Il s'était fait opérer et sortait de l'hôpital. On lui a ouvert le ventre. On lui arraché au scalpel des tumeurs dans le cul, épaisses et longues, le fruit de ses pérégrinations amoureuses. Une fois, je pense à ce message désespéré et beau qu'il m'envoie où il  me supplie de ne pas le quitter, où il crie qu'il se détruit, jour après jour, dans l'opulence sexuelle. Il repose dans son lit. Bien sûr, il cherche à retrouver mes yeux mais je ne veux pas abuser de sa faiblesse pour m'affaisser dans l'inertie de lui. La mollesse de lui. La dernière nuit que nous avons passée ensemble, il s'est autorisé à rester nu, complètement, j'ai échoué dans le lit conjugal et j'ai constaté la nudité du sexe, j'ai voulu prendre son sexe, il m'a donné son épaule, sa joue, sa main, le sexe, non, même nu, il l'a détourné de moi, il a accompli de nouveau le geste de l'échappée sexuelle comme il le fait depuis des mois, au profit de ses amants nocturnes et secrets. 
</description><content:encoded><![CDATA[La plupart du temps, en commençant une histoire d’amour, on croit sa fin impossible. Du moins, la douleur de sa disparition nous semble insurmontable. On croit ça. On est suspendu à l’illusion de ça, que cette histoire ne se terminera jamais, que son issue est incertaine. Qu’elle ne nous existe pas. Que la douleur des histoires d’amour appartient aux autres. Aux autres, loin de nous.<br />
J’ai aimé Julien comme jamais jusqu’alors je n’avais aimé un homme. J’ai aimé cet homme jusqu’à me perdre moi-même, dans une désintégration identitaire de moi-même, totale. Dans le déni de mon corps, de mon honneur, de ma beauté, de ma propre permanence. Pendant cet amour-là, j’ai cessé d’exister. Je n’ai plus été en dehors de l’odeur de sa peau, de la tuerie de son amour. J’étais devenu une sorte de spectre amoureux.<br />
Jusqu’à cela n’arrive, j’ai pensé que jamais je ne survivrais à l’éventualité de cette perte. En vérité, comme tous les deuils, on survit à cela. C’est même au-delà de soi. On vit, véritablement. De toutes les douleurs d’amour, on se remet finalement. Ca passe. On boit bien sûr, on pleure, mais on survit. On demeure dans la durée de soi.<br />
Ca a cessé. Ce que je croyais hors de moi est survenu. Nous nous sommes séparés. J’ai cessé de l’aimer. En vérité, je suis revenu à moi. J’étais un homme mort. Nous avons vendu l’appartement rue Picpus et j’en ai loué un autre, à la hâte, dans la même rue, au 114. C’est un appartement dressé au cinquième étage. J’ai su immédiatement en visitant l’appartement que l’écriture surviendrait de nouveau. Que la poésie serait de nouveau. Qu’en perdant cet amour, je gagnerais l’écrire. Que ce que j’av	ais mis hors de moi, ce que j’avais oublié de moi, cette force à écrire, à faire surgir le réel dans les mots, c’était là de nouveau, dans l’immédiateté de la disparition.<br />
Souvent encore, je crois que je l’aime encore. Je me trompe. J’aime le souvenir de lui. L’odeur passée de ses cheveux, la crispation de son corps la nuit contre le mien. Quand je croise son regard pour des choses administratives, je suis foudroyé de douleur. Je crois que je ne vais pas survivre. Je me trompe. Je continue. Je suis là, à écrire, dans la vérité du geste des mots sur le papier. Quand je croise ses yeux, je sais tout de suite la fulgurance de sa propre douleur. Je vois l’intérieur de son regard écrasé de détresse. Je ne veux pas savoir la douleur qui est la sienne. J’ai trop souffert moi aussi. J’ai été humilié, réduit à la défection absolue de sa tromperie et des ses mensonges. Aussi longtemps que notre amour a duré, aussi longues ont été les heures à pleurer, à me vider de moi, à l’attendre, à espérer que les mensonges cesseraient, qu’il ne donnerait plus son corps à d’autres que moi, à souhaiter que le refus d’aimance et de sexualité s’épuiseraient. <br />
Il est couché dans le lit défait, il caresse du bout des doigts la tête de mon chat, il y a du sanglot dans sa bouche. Je me défends de cette image. Je ne veux pas voir ça. Je ne veux pas être saisi par sa douleur. Je me rappelle la solitude qui était mienne pendant qu’il couchait avec des hommes, qu’il s’offrait à eux avec l’insolence d’un animal. Je me rappelle les précipices qui s’ouvraient sous mes pieds dans le tunnel du métro. Lui, couchait. Il riait. Il suçait des sexes bandés. Il recevait des messages téléphoniques de ses amants en permanence. Il faisait ça chaque jour, à chacune de mes disparitions, il commettait la terreur du mensonge. Je savais évidemment, mais je ne voulais pas me rendre à l’évidence de sa cruauté. J’étais aveugle. Déformé par l’amour. Ce que je croyais de l’amour. Toutes ces fois où j’ai cru mourir de son égoïsme, je me souviens. Toutes les fois où j’étais été tenté par le renversement de mon corps dans les abîmes de l’alcool, je me souviens. Je me souviens de l’exactitude de la meurtrissure, du corps rongé, du visage vieilli, des contours de moi crispés de rides. Je me souviens de l’attente surtout. De ces heures nocturnes à espérer un tremblement de sexualité.<br />
Je ne peux plus regarder Julien avec respect. Je ne sais pas d’où les gens tirent une pareille méchanceté. Je ne sais pas. Toujours il y aura le mystère et l’ignorance de son ignominie. Ce midi, en me rendant à la maison, du moins ce qui reste de notre maison ancienne, je l’ai trouvé dans son lit, éteint, le visage très blanc, fébrile. Il s’était fait opérer et sortait de l’hôpital. On lui a ouvert le ventre. On lui arraché au scalpel des tumeurs dans le cul, épaisses et longues, le fruit de ses pérégrinations amoureuses. Une fois, je pense à ce message désespéré et beau qu’il m’envoie où il  me supplie de ne pas le quitter, où il crie qu’il se détruit, jour après jour, dans l’opulence sexuelle. Il repose dans son lit. Bien sûr, il cherche à retrouver mes yeux mais je ne veux pas abuser de sa faiblesse pour m’affaisser dans l’inertie de lui. La mollesse de lui. La dernière nuit que nous avons passée ensemble, il s’est autorisé à rester nu, complètement, j’ai échoué dans le lit conjugal et j’ai constaté la nudité du sexe, j’ai voulu prendre son sexe, il m’a donné son épaule, sa joue, sa main, le sexe, non, même nu, il l’a détourné de moi, il a accompli de nouveau le geste de l’échappée sexuelle comme il le fait depuis des mois, au profit de ses amants nocturnes et secrets. <br />
]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20091227125010/l-egarement-1/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2009-12-27T12:50:10+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20091214001931/absence/"><title>ABSENCE</title><description>Voilà, peu à peu l'écriture resurgit. Elle s'était écartée de moi. Elle m'était devenue étrangère. Je n'existais plus en dehors de mes amants. Je m'étais disparu à moi-même. Pendant ces quelques années d'aimance, j'ai vécu dans une grande disparition. J'ai cessé de me nourrir d'écrire. J'ai cessé de lire.

J'ai été absent. J'étais hors de moi, complètement. Je dois vous parler de l'énergie que j'ai mise à me nier, à m'absoudre de moi-même pour cet homme, J. C'est ridicule d'aimer de la sorte au point de n'être plus rien, qu'un épave monstrueuse. C'est ridicule de s'oublier de la sorte pour un homme qui ne vous aime pas.

Je crois que J. ne m'a jamais aimé. Souvent, j'ai cru que j'allais mourir. Je me tenais au bord des quais du métro, devant le vide, face à l'évidence du vide en moi. Je dois parler de ses mensonges, des relations sexuelles qu'il taisait en dehors de nous, de l'humiliation faite à mon corps, des années de mensonges qui ont fait notre histoire. Je ne sais pas pourquoi j'ai aimé cet homme. Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté autant d'humiliation. Je ne sais pas pourquoi je me suis ignoré à ce point.</description><content:encoded><![CDATA[Voilà, peu à peu l'écriture resurgit. Elle s'était écartée de moi. Elle m'était devenue étrangère. Je n'existais plus en dehors de mes amants. Je m'étais disparu à moi-même. Pendant ces quelques années d'aimance, j'ai vécu dans une grande disparition. J'ai cessé de me nourrir d'écrire. J'ai cessé de lire.<br />
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J'ai été absent. J'étais hors de moi, complètement. Je dois vous parler de l'énergie que j'ai mise à me nier, à m'absoudre de moi-même pour cet homme, J. C'est ridicule d'aimer de la sorte au point de n'être plus rien, qu'un épave monstrueuse. C'est ridicule de s'oublier de la sorte pour un homme qui ne vous aime pas.<br />
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Je crois que J. ne m'a jamais aimé. Souvent, j'ai cru que j'allais mourir. Je me tenais au bord des quais du métro, devant le vide, face à l'évidence du vide en moi. Je dois parler de ses mensonges, des relations sexuelles qu'il taisait en dehors de nous, de l'humiliation faite à mon corps, des années de mensonges qui ont fait notre histoire. Je ne sais pas pourquoi j'ai aimé cet homme. Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté autant d'humiliation. Je ne sais pas pourquoi je me suis ignoré à ce point.]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20091214001931/absence/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2009-12-14T00:19:31+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20091122110841/separation/"><title>SEPARATION</title><description>Avec la séparation de Julien, je suis revenu à ce qui me fonde véritablement : l'écrire. Ca ne cesse plus de moi. C'est là tous les jours, puissamment, d'une force inouïe. Ca m'aide à garder la tête droite, le corps tendu vers le ciel.

Je pense à cette phrase magnifique de Wilde : Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d'entre nous regardent les étoiles.

J'ai été voir une cartomancienne qui m'a prédit, jour après jour, ce qui me survient. Elle a parlé des ruines de moi, de la forteresse à reconstruire. Des étoiles. Elle a parlé du geste régulier de l'écrire. de la manière où mon bras, à chaque mot, imprime une vraie réalité qui me dépasse.

Encore cette phrase de Wilde : Aimer c'est se surpasser.

Je ne suis pas fait pour les surpassements sinon littéraires.</description><content:encoded><![CDATA[Avec la séparation de Julien, je suis revenu à ce qui me fonde véritablement : l'écrire. Ca ne cesse plus de moi. C'est là tous les jours, puissamment, d'une force inouïe. Ca m'aide à garder la tête droite, le corps tendu vers le ciel.<br />
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Je pense à cette phrase magnifique de Wilde : Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d'entre nous regardent les étoiles.<br />
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J'ai été voir une cartomancienne qui m'a prédit, jour après jour, ce qui me survient. Elle a parlé des ruines de moi, de la forteresse à reconstruire. Des étoiles. Elle a parlé du geste régulier de l'écrire. de la manière où mon bras, à chaque mot, imprime une vraie réalité qui me dépasse.<br />
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Encore cette phrase de Wilde : Aimer c'est se surpasser.<br />
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Je ne suis pas fait pour les surpassements sinon littéraires.]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20091122110841/separation/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2009-11-22T11:08:41+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.heyper.gayattitude.com/20080810105159/saint-laurent/"><title>SAINT LAURENT</title><description>Un coup de téléphone de Julien m'a fait du bien. Il me souhaite la fête. Je commence me faire à l'idée de ces échanges sexuels sans amour qu'il a de temps en temps. Je suis certain de son amour.</description><content:encoded><![CDATA[Un coup de téléphone de Julien m'a fait du bien. Il me souhaite la fête. Je commence me faire à l'idée de ces échanges sexuels sans amour qu'il a de temps en temps. Je suis certain de son amour.]]></content:encoded><link>http://blog.heyper.gayattitude.com/20080810105159/saint-laurent/</link><dc:creator>heyper</dc:creator><dc:date>2008-08-10T10:51:59+01:00</dc:date></item></rdf:RDF>