DESOLATION
Je ne peux rien contre votre désolation. Rien. Je vois ça, dans les yeux, des plaines de désolation. Ca court les paysages de votre regard. Vos yeux sont défaits de désolation. Ce n'est pas du vieillissement que je vois, c'est plus profond, c'est une grande désolation, comme une ruine, quelque chose qui ne sera plus jamais reconstruit, qui restera à l'état d'abandon, de pierres mortes.
Je sais ça. Je réfléchis à ça depuis que je suis rentré, dans la nuit de dimanche. Nous nous sommes perdus. Je vous ai perdus et vous m'avez perdu. Nous errons à des endroits naufragés totalement, très éloignés les uns des autres. Je crois que véritablement vous ne me reconnaissez plus. Vous ne savez plus le fils que je suis devenu. Vous pensiez quelque chose de certain au sujet de moi, vous ne reconnaissez plus rien, ni les pliures de la bouche, ni la noirceur des yeux, rien, vous ne savez plus à qui appartient ce visage, de quel ventre il est sorti. Vous avez peur et vous imaginez des abîmes d'existence. Il va se tenir des repas de famille où il sera question d'une sorte de déprime qui le hante, de norme, de norme, de norme.
En vérité, vous êtes déçus. Peut-être auriez-vous rêvé qu'il habitât près de chez vous, qu'il partageât les heures gaies des repas familiaux, qu'il fût construit d'une chair égale à celle des autres.
Il habite Paris. Les tréteaux bleus de Paris. Je ne peux rien contre ça. C'est imprimé, comme un livre, ça existe dans une vérité qui vous dépasse et vous arrache des sanglots.