29/10/2006

29/10/06 - 21:10

AUJOURD'HUI - LIGNE 1

Je suis très humilié par la force de travail de Julie, l'énergie qu'elle met à confectionner mon site. Je suis très humilié de mon manque absolu d'argent pour lui rendre la grandeur de ce qu'elle fait. J'ai un grand respect pour la chose travaillée. C'est les restes d'une appartenance ancienne aux idées communistes, je crois. Je suis stupéfait par la manière dont elle ressent ma poésie, dont ses dessins figurent mes poèmes. Cheque page créée par elle révèle la profonde intelligibilité de mes textes.

Le Bruit de la Mer, par exemple. Il fallait le phare. Le phare annonce l'irruption phalique du poème. Il l'irradie totalement. Et puis, ces carreaux, en bas de la page, ces rappels de la mer, c'est merveilleux. Je sais que chaque poème du recueil est un appel à la mer, son bruit, à l'égorgement des vagues et de l'écume.

Voilà. J'ai l'impression d'un retour aux fluctuances de mon adolescence. Un retour à cette douleur essentielle, infantile presque. C'est à cause de l'errance que je dis ça. Mon adolescence est tout entière parcourue d'errances, de déambulations aveugles et solitaires à travers la ville. Mon adolescence s'est façonnée dans une grande désertude d'amour. On ne m'a pas aimé, jamais. On n'aimait pas ma sauvagerie, mon étrangeté, mes royaumes à part. Dès l'adolescence, je porte les signes de la dévastation. Il y a un long pourrissement d'amour en moi. C'est une quête désespérée d'une main, un geste d'aimance à peine.

Plus tard, dans le métro, ligne 1. Je sors du cinéma sur les Champs-Elysées. Au-delà de la douleur, je suis étranglé par l'animalité en moi. Elle a toujours été, cette animalité. C'est une animalité déchue. Un décombre d'animalité.

Personne ne peut comprendre ce que je dis là. Personne. L'animalité pousse au rugissement de l'écriture. Les animaux respirent mieux dans les zoos, à l'abri de la fureur des jungles.

29/10/06 - 20:48

HIER - LE MARAIS

C'est aujourd'hui la fin du monde. Un rendez-vous professionnel raté. Un autre raté, charnel celui-là. De toutes façons, ça aurait été quelque chose de sexuel encore, c'est-à-dire élaboré dans la béance de la sexualité, la brutalité organique.
C'est presque la fin du monde. Et la fin s'annonce celle du bleuissement des chairs.

Je ressens une tristesse profonde. Je l'éprouve, cette tristesse pendant que je m'enfonce dans la poitrine de Paris. Je la ressens comme une sorte d'évidence. C'est vrai, c'est là, totalement évident, ça ne peut pas être autrement que là, dans l'enfoncement des chairs parisiennes.
Un instant, je crois c'est dans un Magasin Sephora aux Halles, je croise le reflet de mon visage, à travers une vitre, son désarroi, absolument. C'est un visage rabaissé, très grave. C'est un visage avorté. Ce visage, le mien, porte en lui la pliure de l'avortement et c'est dans le creux de cette pliure, que le chaos est lisible, véritablement.

Je suis dans le Marais et je discerne, depuis la terrasse où je suis assis, l'effrayante multiplicité de ces formes égarées de visage. Je me rends compte que la tristesse est répandue partout, qu'elle inonde la plupart des visages ici. Qu'elle ne m'est pas propre, bien sûr. Que la majorité des visages du Marais portent leur propre fin du monde. Qu'ils sont enclins à la défection, qu'ils sont atrophiés véritablement.

Sauf peut-être les visages de la Sainte Jeunesse. Disons que les visages jeunes, quand ils forcent la courbure maigre du corps, qu'ils parent les corps décharnés de tee-shirts étriqués, branchés, ces visages révèlent l'expression même du faux-semblant. Le jeunesse, souvent, a besoin de se perdre dans l'ivresse de la fête homosexuelle. A 20 ans, on se croit éternel. On pense que sa jeunesse, l'euphorie d'elle, l'irradiation des corps, ça ne cessera jamais. Puis très vite, on est fatigué de cette vie-là. Ce qu'on cherche, c'est l'établissement de soi, la permanence amoureuse en soi. C'est là que le visage est gagné par la douleur. Qu'il ne cesse plus d'être dévoré par elle.

Le vieillissement.

Souvent, je voudrais être hétérosexuel. Je n'envie pas la sexualité de l'hétérosexuel. J'aime trop les hommes, la chose virile. Je n'envie pas leur normalité, c'est trop irrespirable, une pareille normalité. J'envie la facilité amoureuse de l'union hétérosexuelle. La plupart des hétérosexuels affichent une forme sereine d'amour. On se rencontre. On s'aime vite. On se marie vite. Le fait d'être attiré par l'autre rend les choses plus aisées. On ne se situe pas dans la quête désespérée d'un autre soi désirable. L'hétérosexualité pousse à l'altérité, en ce sens, l'hétérosexualité est emprunte d'une forme belle de générosité. J'envie les personnes hétérosexuelles à cause de l'évidence qu'elles ont à s'aimer, se rencontrer, s'engager.

C'est ce que je dis à Françoise, le soir, au Jap'. Je lui dis aussi que j'admire sa résistance à la solitude, à l'absence d'aimance. Moi, je lui dis, j'en suis incapable, ça me tuera.

26/10/2006

26/10/06 - 23:33

PLUIE

Ici, c'est Paris. Une douceur inhabituelle remplit Paris. Paris est abimée par la pluie. Paris ressemble au vide de moi, à l'effrayante mortalité de moi.

J'ai eu ma petite soeur au téléphone. Je lui ai dit l'absence. Elle a envoyé un mail qui demande des explications sur elle, son enfance, le regard que nous portons sur son enfance. Je lui dis qu'il n'y a pas d'explication à ce qu'elle advient, jour après jour, que ce qui compte finalement, c'est le regard qu'elle a, elle, sur sa propre enfance, sur ses propres désordres intérieurs. Je reconnais dans ses mots une forme vive de douleur, une blessure incroyable. Il y a une fêlure en elle, quelque chose de blessé qui nous ressemble et nous éloigne en même temps.

Je sais que je résiste à la tentation de la mort, la tentation de l'alccol grâce à ces petites âmes perdues, tentaculaires, qui pleurent et qui crient dans l'endroit dont je suis directeur.

Ces passations de sueur ces bruits de rien
Ces feuilles qui remuent sous la peau
L’absence presque charnelle du lien
Il y a la mer qui ronfle qui bégaie des lunes sombres
Peut-être aussi
Un endroit pour plier sa tristesse
Reposer l’angle de sa tête
Mourir en creux dans la douceur
Blottir sa tignasse folle dans la jupe de l’eau

Je pense toujours à la portée de ses doigts
A l’infirmité des œsophages
Il manque un petit papillon
Un petit reste de souvenir

Quand je pressens sa chair
C’est des grands pans de lave qui
Eclaboussent mes yeux
Un tout petit train vraiment tout petit rond et tragique en même temps passe derrière la vitre de la chambre
Il traîne avec lui des farfadets têtus comme des enclumes
Et de l’eau verte jaillit des trous du
Monde

Moi –
Ma Prusse amusée
Ma bohème figurée
Mon épopée pathétique
La tragédie du soufre
Le passage presque adolescent du cristal dans les veines

Le mer toujours très élégante dans ses chaussures en fil de
Terre
Le rugissement tiède de l’éternité
Et moi qui crie toujours après une forme d’
Ecume

Bon sang
Je voudrais être amoureux de
Lui

Voilà. C'est la lenteur de Paris. C'est un moment creux où je crois que je vais mourir. Je voudrais aimer, que ça arrive, cet amour. Je sais que c'est perdu ce soir encore, que cette errance affective est là, inextingible. Je pense encore à l'aimance perdue de Y. Je pense à la tentation que J. et Y. doivent avoir de lire ça, au mépris qui doit les étreindre à chaque ligne de moi, à chaque endroit de moi où je me sens mourir.

25/10/2006

25/10/06 - 23:36

MENSONGES

Plus j'avance dans la vie, plus j'éprouve une sorte de répulsion pour le mensonge, la tromperie. Plus, je trouve ça insultant le mensonge, comme un affront commis contre mon corps, commis contre mon âme.

Il faut que je raconte ces quelques nuits avec A. D'abord, il me faut plusieurs nuits avec lui pour m'apercevoir qu'il ne s'appelle pas A., que c'est un nom de parade, un nom du dehors, un nom de l'apparat. Il dit qu'il a deux prénoms, mais je sais que c'est faux, que son nom véritable c'est M.

La première fois que je le rencontre, c'est vers Vincenne. Il dit qu'il habite là, avec une cousine. Dans un appartement tiède. Longtemps, je crois qu'il habite Vincenne. Longtemps, je crois qu'il vit dans ce studio, avec cette cousine, qu'il commerce des beignets, et qu'il lutte avec une sorte de fierté brune, contre la tentation de dépendre d'un homme, de son argent et de son pouvoir.

Mais il faut qu'il rappelle en Août, avant mon départ pour le Maroc, que je me rende compte qu'il ment. Que sa vie s'élabore sur du mensonge. Il me faut plusieurs sauteries pour savoir qu'en réalité, ce qui l'intéresse en moi, c'est la possibilité d'un logement à Paris. C'est hier. Il avait prétendu qu'il venait pour me voir, moi, partager un bout de soirée. Et c'est à la presque tombée du sommeil qu'il m'avoue qu'il habite à l'autre bout du monde, en banlieue, qu'il commence très tôt demain et qu'il lui est pratiquement impossible de rentrer. Je me sens piégé. Humilié. Je dis que tout ce qu'il m'a dit, c'est du mensonge, que son prénom, sa vie, tout ça, c'est du mensonge, qu'il n'a jamais été intéressé par moi, sinon que je présente de l'intérêt pour lui, un espace où se poser, où chasser sa solitude. Je sais alors qu'il a plusieurs homme comme ça, répandus dans Paris et qu'il va de l'un à l'autre, les affamant de ses mensonges désespérés.

C'est à ce moment, dans cet instant ultime qu'il devient agressif. Je lui dis que je n'ai pas le coeur de le laisser rentrer dans la nuit, mais que cette tromperie est impardonnable.

Et ce qu'il fait alors dans l'éternité du sommeil, procède d'une violence impensable. Alors que j'ai le dos tourné, plié à l'abri de ses mensonge, il me prend. Tout entier, il me prend, il force le passage du désir. Je suis réveillé par la puissance de lui, sa jouissance. Il commet encore cette force-là de jouir sur mon corps, presque mort. Il respire fort, pétri de désir. Et moi, je suis incapable de me défaire de ce corps, je me laisse proprement faire, je deviens presque témoin et complice de cette bestialité. Et je sais que mon absence totale de réponse à son désir, l'absence totale de désir pour lui, le condamnent en silence à l'infamie de ses mensonges. Je sais que, tout pendant qu'il cherche à rentrer en moi et que moi, que je résiste à la honte de sa violation, il se transforme en une sorte de chien errant, accablé et humilié.

Le plus violent, je crois, au-delà de ce corps forcé en moi, c'est qu'on m'accorde de l'intérêt, une forme de soirée où j'existe à peine, et que cet intérêt soit trompé par l'horreur d'un mensonge.

23/10/2006

23/10/06 - 00:42

REVOLTE

Ligne 6. Je regarde le couple assis en face de moi.

Elle, blanche. Alcoolique. Pauvre. Le trait dévoré d'alcool. La rainue du visage incise par le vin.
Lui, marocain visiblement. Beau. Très beau. Il ne l'aime pas. Il voit mes eyux et dans l'entrecroisement de nos regards, c'est la honte qui domine.
C'est le regard d'un homme prostitué. Le regard d'un homme trahi par la faute de sa prostitution.
Elle enfonce ses doigts dans la chair de sa jambe. Lui ne l'aime pas. Il repousse l'étranglement de sa main. Il éprouve du dégoût d'elle. Sarkozy a poussé à ça. A la prostitution des corps en échange du droit à résider en France. A l'indécence de ça. A cette honte. La course aux papiers, au dépot de soi sur le territoire français, pousse à ces formes terribles de prostitution.
C'est répugnant, cette France-là. La haine de l'étranger est répugnante. Ca rappelle les anciens temps, la barbarie ancienne.
J'ai honte aussi.
J'ai honte de ce que devient la France. De son absence totale de commisération pour l'étranger. De cette identité républicaine qu'elle brade pour du fascisme ordinaire. De ses oublis.



Le vide d'amour dure. Ca devient inaltérable, ce vide. Constitutif de moi. J'ai peur que ça ne s'arrête plus. D'être happé par lui. D'être broyé par sa mécanique froide.

Je suis jaloux des couples. Je suis jaloux de leur amour. Je suis jaloux de leurs sorties au cinéma, de leurs diners au restaurant japonais. Je suis jaloux du sens que prend l'acte sexuel. Je suis jaloux de la force qu'ils tirent à s'aimer.



Autre chose. Le site de poésie est en cours de restauration. C'est J. qui se charge de ça. Qui supporte mes aigreurs.

21/10/2006

21/10/06 - 16:30

AU BOUT DU MONDE

Je suis sorti jusqu'aux Galeries Lafayette pour acheter ce fameux parfum qui respire la mer. Effectivement, c'est criant de mer, ce parfum. Je l'ai acheté puis je me suis rendu aux Halles pour acheter le dernier Duras (un rassemblement de textes inédits chez POL - chef d'oeuvre !) et quelques ouvrages de psychosociologie pour nourrir ma recherche en cours sur la violence en établissement spécialisé.

C'est au retour, dans le métro, ligne 1, que je me rends compte du formidable crépuscule des âmes que ce métro. C'est étouffant de gens à cette heure, le métro. En face de moi, c'est une femme alcoolique. Je sais que c'est une femme qui boit. Je le sais à cause des yeux tordus de douleur, des traces de vin autour des joues. Son homme la tient par un doigt. A chaque mouvement du train, il resserre sa main. C'est un homme aimant qui cherche à l'empêcher de boire. Je vois dans les yeux de la femme le manque. Je reconnais le manque d'alcool. Il y a dans ma famille, du côté père et mère, un marquage de l'alcool. Les visages pris par l'alcool, détruits totalement par le manque d'alcool, ça nous connaît.

Puis, je prends la ligne 8 à Reuilly Diderot. En face de moi, une femme encore. Elle porte la bonne cinquantaine. C'est une femme dont l'oeil est triste. C'est une femme défaite par la solitude. Elle est assez grosse. Elle pourrait être belle, vraiment. Si elle arrangeait sa coiffe, si elle changeait les lunettes, si elle souriait, si elle parvenait à se défaire de la désertude en elle. Elle pourrait devenir belle encore. Mais je sais qu'il n'y a personne pour la guider vers cette beauté. Il n'y a pas d'homme qui puisse l'accompagner à ce devenir. Il n'y a pas d'homme qui lui dise de changer de lunettes, de jeter ses robes. Il n'y a rien de tout cela en elle, il y a sa solitude immense, et puis, des essais de beauté, des tentatives de séduction inespérées.

Je pense à moi alors. Ca fait 6 mois que je suis séparé de Y. C'est comme si c'était une vie entière, cette séparation. J'ai si peur que cette solitude ne me ruine, que je devienne le pareil de cette femme, c'est-à-dire dans l'ignorance de la beauté, dans l'abandon de moi. Ca survient très vite, ces visages de la défection, c'est-à-dire ces visages de l'abandon, de la désertude la plus totale. Le visage désert de ceux que les gens appellent avec mépris les vieux gars ou les vieilles filles. J'en ai connu des comme ça. Je me suis toujours crû préservé de ce destin-là. Et, là, au croisement de cette femme, dans le métro, je me rends compte que ma propre désertude a défait une partie rayonnante de moi.

Je songe aux hommes que j'ai baisés récemment. J'ai fait cinq fois l'amour cette semaine, avec trois hommes différents. C'est dans l'ivresse de cette sexualité-là, cette sexualité ignoble, que je me sens encore en vie.

21/10/06 - 01:05

CHAT

Parfois, lorsque je n'écris pas sur ce blog, je déroule la liste des chatteurs.

Je trouve ça très embarrassant, cette liste de chatteurs. Je regarde ces visages, quelques portraits et je me dis que la plupart des gens ici font leur marché, en quête d'une aventure sensuelle ou amoureuse. D'ailleurs, c'est l'une des raisons que l'on ne le parle pas beaucoup car je réunis tout ce qui semble bien détestable pour la communauté Gay, je précise, la communauté Gay internaute : vieux (disons la trentaine dépassée), pas superficiel, intello. Je lis souvent sur des portraits, à la ligne "ce que je n'aime pas", des choses comme : "les vieux lourdauds", "les vieux relou", "ceux dont la puberté est loin", comme si avancer en âge rendait les gens idiots, assommants, évidemment laids.

De toutes façons, hormis quelques habitués avec lesquels j'ai des conversations plutôt riches et jolies, je fais partie des gens exclus des discussions des internautes. Cela ne me dérange pas beaucoup, je préfère faire mon marché dehors, dans le métro, en ville ou à la piscine. Bon.

Le plus frustrant, pour moi, dans ces conversations entre internautes, c'est d'être ignoré par des trentenaires comme moi. Je me dis à chaque fois qu'ils doivent poursuivre une forme d'amant imaginaire, qui n'ait pas leur âge, du moins, qui ne leur renvoie pas en contre-champ la rudesse de leurs propres traits. Ca me rappelle le commentaire dernier laissé par ce charmant visiteur qui précise qu'il a mon âge mais qu'il fait plus jeune. En réalité, chacun d'entre nous avons le visage et le corps de nos années, sauf lorsque nous ne les offrons qu'à nous-mêmes, devant la violence du miroir.

Et puis, parfois, dans ces discussions virtuelles, vient le moment de l'échange de la photo. Je n'hésite pas une seconde. Et devant le silence accablant de l'autre, je me dis qu'il doit être mannequin, que le monde entier se rue à ses pieds à cause de sa beauté, que lui adresser ma photographie était une insulte ignoble. Je me dis que cet homme a tord, vraiment, qu'il devrait sortir de son ordinateur, très vite, et s'offrir à la vérité des regards qu'il me ferait fondre d'amour. Il m'arrive de relancer la personne. Lui dire : "Dis-moi, tu pourrais avoir au moins la gentillesse de répondre, je ne suis pas un chien ! " J'obtiens parfois un signe comme "Désolé, t'es pas mon style", ce qui en français ordinaire signifie : "Espèce de vieux thon, va te faire voir." Alors, je laisse ces pauvres internautes à la solitude de leur ordinateur et je me rue dans un bar où je puisse accrocher un regard qui vit.

20/10/2006

20/10/06 - 14:38

ECRIT DANS LE METRO

C'est craché dans le métro, jeudi matin, après ma séance hebdomadaire de psychanalyse, à Bastille. C'est écrit dans un souffle, sur mon carnet, ligne 8 entre Ledru Rollin et Porte Dorée.

C'est écrit à cause la saturation de ville que j'éprouve à ce moment. Ce qui manque là, fondamentalement, c'est l'éclaboussure d'un paysage, la nudité interminable d'une plage. Surtout l'odeur de mer. Je cherche désespérément un parfum qui porte en lui l'agitation somptueuse de la mer. Il y a Réminiscence de Rem. C'est un parfum chargé d'iode. Mais voilà, l'odeur de l'iode est insuffisante. On m'a parlé d'un parfum qui s'appelle Pacifica et qui se vend aux Grands Magasins Boulevard Haussmann.

Je vais voir ça. Ca remplacera la mer, pour un temps :

OCEANIQUES

La mer me manque
— Ses effluves lents de sommeil et d’harmonie
La carcasse de son dos
La verdure de ses encres

Je voudrais m’assaillir de mer
Un jour
J’aurai ma maison adossée contre le flanc d’une mer
Ca sera Saint Malo
Ca sera la grande côte de sel qui s’étire le long de l’Angleterre
Ca sera l’éclaboussure de soleil le bruissement clair des mouettes
La très féconde mortalité de la pluie

Mer
Mer de rien
Trachées d’iodes
Salaisons funambulesques
Remuement de chairs blanches
Saignées de brumes
Croisées d’oiseaux à perte de destin
Fractures de coquillages
Ô mer
Mine de rien

18/10/2006

18/10/06 - 20:18

ALORS POUR CE VISITEUR ...


Paris est nu comme une pluie rouge – c’est la ruine des mains la courroie des anges la fétide impuissance d’
Amour
J’erre d’un astre à l’autre avec de la détresse plein la bouche
Les arbres des doigts crispés comme des vautours
Je loue une chambre qui culmine sur un sein vert
Et puis le ciel se fait triste déploie ses aigreurs immobiles

Je voudrais mourir d’amour
Sentir l’encre l’ambre et la
Jaunisse
Je voudrais que la plaie de son bras surgisse des plis du drap
Je voudrais que le soleil s’éteigne
Que la pluie cesse avec mes larmes

J’ai 17 ans et de la jeunesse plein mon chapeau

Je suis plié comme une chaise
Les enfants ricanent font et défont la sueur des bateaux
Les fleurs s’éclipsent au passage angulaire de leurs cheveux
J’ai honte
Moi petit rien ramassé comme un cierge sur le dessus des livres

Je voudrais arrêter d’être écrivain
Un écrivain qui n’écrit pas qui ne lit et qu’on ignore
Un écrivain qui gémit de la pluie des comptines sottes et des apéros lunaires

Tiens
C’est l’illustre savant écrasé comme un linge sur le rebord de
Dieu
Y a des anges espiègles et mécaniques qui rougissent avec sa
Faux
Il me faudrait mourir un jour de ces images idiotes

Ah ! rendez-moi son bras jaune
Sa bouche en figue
Son œil rose
Sa main qui caresse si bien la tiédeur de mon
Sein les brins de joie déposés en bouquets suaves sur l’oreiller
Et le turbulent souvenir de ses cris

18/10/06 - 20:15

ETONNEMENTS

Je suis toujours très étonné par les statistiques. La lecture que peut générer tel ou tel article. Les commentaires restent en effet très rares. Là, je me suis aperçu que le dernier article relatif à I. a généré presque 171 ouvertures de mon blog.

C'est impensable.

Il y a cette jolie réponse, de ce gentil monsieur, qui préfère mes élans poétiques. Qu'il en soit remercié !

17/10/2006

17/10/06 - 21:54

I. ENCORE ET JAMAIS

Oui.

C'est exactement le même homme. C'est-à-dire celui que j'ai quitté à cause de la peur. A cause de la méfiance. De l'impossibilité qu'il y avait de construire avec un homme rompu à la fourberie, à la tromperie.

Et puis il y a eu ce cri poussé dans le Jardin des Tuilleries. Il regarde la fontaine sur le milieu de la Place de la Concorde et il crie. Il dit que cette statue a été construite contre la race noire, que la France entière est raciste, que la plupart des français ici à Paris détestent les étrangers. Il raconte alors l'histoire d'un immigré d'Afrique Noire, un ami à lui, qui dit qu'à Nantes aussi, il y a des façades qui portent des visages noirs, peints contre la négritude. Je dis que ce cri, ces histoires, c'est de la paranoïa. Je dis que c'est impossible pour moi d'entendre mon pays dépeint avec autant de violence, que non, la France a son compte de racistes certes, mais qu'en général, la France reste un pays d'accueil et d'ouverture, qu'il suffit de regarder autour de soi pour considérer la multitude de personnes d'origine étrangère, que cette multitude fait la fierté de la France. Il dit ensuite que cet homme sénégalais reçoit le RMI tous les mois, et que ces aides sociales versées aux personnes étrangères sont la seule façon que la France a trouvée pour s'excuser du colonialisme. Alors je ne peux pas m'empêcher de lui dire, dans un souffle, que si les français sont si racistes, que si la France est un pays si peu accueillant, que rien ne l'empêche, cet ami, de retourner au Sénégal.

Je sais que cet homme noir n'existe pas. Qu'il s'agit d'un énième mensonge de sa part. Qu'en réalité, il parle de lui, de son propre rapport à la France, qu'il est conquis par cette idée désastreuse que les français dans leur ensemble le rejettent à cause de sa peau. Et que je fais partie de cette France là. Qu'à chaque fois que je lui refuse un paquet de cigarettes, un café, un restaurant, ou je ne sais quoi d'autre, il prend ça comme un affront, un signe aveugle de racisme. Puis, dans le métro, je souris devant la jolie image d'une femme africaine. Je lui dis que la trouve belle. Et lui de me répondre, froidement : "Tu vois que t'es pas raciste."

Tout le week-end, je reconnais le mensonge et le vol. Il vide le frigidaire et il retourne les paquets entamés pour que je ne m'aperçoive pas de son geste. De son détournement. Il appelle sa femme, et il raconte que son corps, sa chaleur lui manquent, alors que nous sortons du lit, à peine, et que nos corps sont encore émus par la jouissance.

Surtout il prend l'argent dans le portefeuille pendant que je dors. Il se lève pour ça, prendre l'argent. Il n'a pas assez de ce que je lui offre : un billet de retour en train, des cigarettes, les tickets de métro, les restaurants. Il voudrait le cinéma encore. Il voudrait le vin.

Puis, il partira, ce lundi, sans un mot, pas un seul geste de remerciement.

Oui.

Il vaut mieux en finir à jamais. Avec cette image ancienne. Ce vieux cauchemard.



16/10/2006

16/10/06 - 21:23

APRES LE WE

La venue d'I. à Paris a até salutaire. Elle m'a permis de reconnaître avec intensité les raisons pour lesquelles j'avais cessé de l'aimer et j'avais choisi la belle sérénité de J.
J'ai revu l'homme du mensonge. L'homme du vol.


11/10/2006

11/10/06 - 21:24

MON ROMAN MA VIE

Mon roman avance à toute petite vitesse. Je suis pris par le boulot, tout le temps. C'est violent au Centre. C'est inimaginable une violence pareille. C'est du viol, des agressions physiques, du vol, des cris. Je suis pris par ce tourbillon, incapable de me poser et de revenir à l'essentiel de moi : ma vie littéraire.

J'ai écrit ça, entre deux rendez-vous, aux urgences médico-légales de Bondy :

"Il n'y a personne. Il y a le vent qui gémit dans les pins. Il y a l'épaisseur de la mer qui se découvre à mesure que Nicole avance. Il y a le cri instable des oiseaux. Il y a l'odeur étouffante du sel, des algues et des coquillages meurtris de pourriture. Et, alors, pour la première fois depuis le coup de téléphone, elle ressent le dégoût annoncé pour l'enfant, pour le corps transformé, pour la chair qui se sera détruite en lui, pour la défection de lui qui aura dérobé l'harmonie de sa presque-adolescence."

Voilà.

I. me rejoint ce Week-End. Ca sera un week-end chargé de sexualité. Je ne sais pas ce qui me pousse à aimer les gens dans leur impossibilité d'amour.

08/10/2006

08/10/06 - 23:17

I.

C'est à Rennes de nouveau. M. et E. m'ont une nouvelle fois invité chez eux. Ils ont sorti le vin, ils ont cuisiné, ils ont mis des draps blancs et propres dans le lit. Il y a de la lumière chez eux, un vrai réconfort.

Donc, je ne peux pas m'empêcher de rappeler I. Je lui dis : "Je suis à Rennes. Je veux te revoir."

I. porte un visage abîmé. C'est le visage de la fatigue. C'est le visage de l'exil qui ne parvient pas à exister complètement en cet endroit du monde. Les papiers sont là, grâce à un mariage arrangé avec une femme malheureuse, veuve, mère de deux enfants. Il n'est plus cet étudiant atardé, sautant d'une fac à l'autre, dans le seul but de rester en situation régulière sur le territoire français.

Nous allons jusque la mer, à Saint Malo. Très vite, dans la voiture, il prend mon sexe, et pendant que nous roulons, ça a lieu, l'échange de jouissance. Les paysages défilent derrière les vitres sales, des bouts de mer, des morceaux de terre brunis par le sel, et le silence occupe tout l'espace du véhicule. Il respire doucement. Les mains font le geste de la sexualité.

Plus tard, nous trouvons un endroit sombre, en pleine campagne et nous faisons l'amour dans la voiture. Le geste amoureux existe, comme un passage, à peine, un frottement de pluie. Je l'entends qui gémit tout doucement. A l'approche de ma nudité, il dit que ça ne lui est plus arrivé depuis longtemps, l'enveloppement du corps mâle autour du sien. Nous sommes très excités et je jouis très vite. Je n'ai pas joui comme ça, depuis Y. Aucun homme n'est parvenu à me faire jouir depuis Y. Je sais que cette tentative d'amour, cette jouissance passagère sont le signe d'une flamme encore vivante, d'un amour qui m'habite encore. Qui me meurtrit encore.

Plus tard, il dira dans un cri que mon départ pour Paris a été pour lui une véritable déchirure. Que ses pensées étaient tout entière occupées à se souvenir de moi. Que l'absence de moi l'a hanté longtemps, comme une plaie. Il dit que je ne dois pas comprendre ça, que, moi je suis parti en toute légèreté. Nous pleurons un peu. Je dis qu'au moment du départ pour Paris, je vivais avec J. et que je me faisais fort de respecter cet amour-là. Je dis que jamais je n'ai cessé de l'aimer, en dépit de mon amour pour J., cet amour-là, sain et apaisé. Je dis que jamais je n'aurais pu survivre à la tempête de son amour, aux errances de sa situation administrative.

Cette fois, je me rends compte de l'évidence de son amour pour moi. Qu'il ne m'a pas aimé à cause de la promesse de papiers que notre relation aurait pu générer, de sa misère, de son besoin d'argent. J'ai choisi l'amour de J. parce qu'il ne me semblait pas compromis par l'argent, par le besoin. Je me suis interdit d'aimance pour I. à cause du doute que j'avais en l'authenticité de son amour. Je me suis trompé. Totalement. Cette fois, je sais que notre amour était réel, puissant. Qu'en aucun cas il ne s'agissait d'un amour prostitué. Je lui dis entre deux gestes de sexualité que je n'ai jamais cessé de l'aimer.

05/10/2006

05/10/06 - 00:34

UN NUAGE, A PEINE

Ce midi, je suis invité par mon amie S. Comme d'habitude, je suis reçu comme un roi, avec des crèpes, des garnitures de toutes les couleurs. C'est une femme juive qui a de l'amour plein les mains et les yeux. Soudain, elle regarde l'étendue de mon visage, la dévastation à l'intérieur de lui. Elle dit : "C'est incroyable, directeur et docteur à 32 ans." Je dis qu'elle se trompe, je dis que j'en ai 34. Elle sourit. Elle ajoute : "Tu vois, je te rajeunis." Moi, alors, je regarde l'étendue de sa maison, les traces d'enfant sur les murs, la permanence du mari, l'amour qui transpire de partout, l'odeur du jardin. Alors, je sais encore le ratage de moi, la félure affective de moi.

Plus tard, je reçois un mail de S. Elle s'acclimate enfin aux paysages polaires d'Argentine. Aux territoires absents d'Elle. Elle a rencontré des français et elle semble peu à peu retrouver des repères. Elle signe en bas du mail quelque chose comme "Ton amie lointaine". Elle dit le bonheur d'être en famille. La traversée d'amour qu'elle accomplit là-bas, si loin.

Je n'ai pas bu depuis longtemps. Je veux dire de façon continue, certaine. J'ai pensé quelques secondes à me jeter sous la rame d'un métro, en finir avec cette attente désespérée d'amour. J'ai reconnu des visages affamés, me traverser, me désirer. J'ai eu envie de crier. Je n'en ai perçu pas un seul dont je pourrais tomber amoureux. J'ai pensé au corps béni d'A., avant-hier soir, à la fureur sexuelle de nous.

L'envie de mourir m'a passé. Un nuage, à peine.

03/10/2006

03/10/06 - 20:50

AIMEZ-MOi


Aimez-moi
Aimez-moi
Prenez-moi dans vos mains
Prenez-moi dans vos bouches
Sucez-moi le soleil la pluie la ramure des yeux
Aimez-moi
Et je vous aimerai
Sans sagesse aucune que celle de mourir à jamais dans la musique froide

03/10/06 - 20:41

FAUT-IL


Faut-il que le vent vienne qu’il emporte dans son souffle les entrailles de Dieu
Faut-il que les buffles grondent que les douleurs acclament les rongeurs du ventre
Faut-il que je me pende à l’orfèvre métallique à son silence à la bouche galopante de lumière

Faut-il comme Cendrars que je m’empêche d’écriture pour parvenir au
Suicide
Voilà – les petits espaces de sève laissées contre la courbe de
Toi
Petit singe
Petite pauvreté de Toi
Tu manques à l’espace haletant des paysages

Souvent j’ai peur du glissement inquiet de tes cheveux
De ta bouche suave nourrie de cendres

Souvent c’est l’horloge qui gémit comme un Prince
Des pincées d’histoires drôles
La terre est rouge comme ton sourire
Elle pisse des nuages tirés jusque l’infiniment beau

Faut-il que je me pende à l’orée des bouches pour apercevoir de l’
Amour
Faut-il qu’on m’aime pour mes foudres
Mes passoires sur les têtes mes arbres qui rient des symphonies déplacées
Faut-il qu’on m’aime pour les chemins gaspillés
Les bouts de pierre mangés comme des étoiles

Faut-il enfin que je meure pour que l’eau se fasse
Vive
Que les marchands de prose hallucinent des palabres funèbres
Faut-il que je pleure et que l’on me pleure
La paupière très close enfermée dans du miel
Faut-il que je vous aime encor
Et que le souvenir épais m’assomme de ses perles
Grimaçantes

Aimez-moi
Aimez-moi
Prenez-moi dans vos mains
Prenez-moi dans vos bouches
Sucez-moi le soleil la pluie la ramure des yeux
Aimez-moi
Et je vous aimerai
Sans sagesse aucune que celle de mourir à jamais dans la musique froide

01/10/2006

01/10/06 - 18:54

ECRIRE DIT-IL

Je rentre de Bercy. Je songe à finir mon livre en urgence. Le manuscrit traîne depuis quelques semaines à côté de l'écran. Il faut que je le dactylographie. Je ne parviens pas à m'arrêter sur lui, comme si l'écriture qui avait déposée là se suffisait à elle-même et qu'elle ne pouvait supporter le passage à la dactylographie. La frappe d'un manuscrit l'institutionnalise. Le rend écrit vraiment.

J'ai laissé un message à S. Je lui dis que c'est impossible de le voir. Je lui demande si c'est la maladie, ou une longue absence. Au moment où j'écris ça, je me dis qu'il peut y avoir du mensonge dans ce qu'il m'a raconté de lui et que son mensonge l'empêche de me réapparaître. Je reçois aussi un sms de A. qui souhaite coucher avec moi cette nuit. On va le faire. En toute évidence.

Je pense à cette phrase ramassée dans un film assez admirable que j'ai vu aujourd'hui : "Pourquoi certains écrivent-ils ? Parce qu'ils n'ont pas assez de caractère pour s'en empêcher." C'est axactement vrai, ça. L'écriture procède en moi d'une sorte de pulsion infernale. Je suis incapable de résister à sa puissance. Je pense à E. qui m'a parlé d'une publication de mes textes poétiques. Je suis content car le nombre de visiteurs sur mon site augmente. J'espère que les gens lisent ma poésie. Qu'ils n'ouvrent pas ce site dans le seul but de dévorer mon blog.

Je suis fatigué ce soir encore. Hier j'ai veillé tard avec M. et AC.

Je vais coucher avec A. cette nuit. Je devrais m'en réjouir absolument.

 

L'histoire de ma vie n'existe pas. ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne. Je n'ai jamais écrit, croyant le faire, je n'ai jamais aimé, croyant aimer, je n'ai jamais rien fait qu'attendre devant la porte fermée. Je me suis dit qu'on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps mort de l'amour. Marguerite DURAS