31/07/2006

31/07/06 - 22:07

SOUVENIRS AMOUREUX

J'ai une capacité formidable et désespérée à l'oubli. Tout aussi puissante qu'est cette force à oublier les visages, j'ai une puissance d'amour inébranlable. J'aime puissamment. Infiniment. Mais tout aussi rapidement que le visage aimé m'a déçu, trompé, ou abîmé, mon amour de lui se défait.

Il n'en est encore rien pour J. ou Y. Surtout J. Je me rends compte maintenant à quel point je l'ai aimé. Je suis jaloux dès que j'entends parler de son bonheur. Tout à l'heure, C. me téléphone. Il me dit que J. a enfin déménagé à République. Chaque mot, chaque image de lui me forcent au souvenir de mon amour pour lui. Encore tout à l'heure, je range mes papiers. Je tombe sur des factures, des photographies, où il est question de nous deux, de nos années amoureuses, des achats qui ont été les nôtres, des amis en commun. Presque 4 années.

Je me souviens des larmes une fois qu'il a poussées à cause de moi. J'en suis encore malheureux. J'entends cette voix brune qui me disait de ne pas l'abandonner.

Puis Y. Cette folie amoureuse.

Le reste, les autres, tous les autres, me sont égal. Ils sont condamnés à la puissance de mon oubli.

31/07/06 - 13:50

RIEN DU TOUT


Je sue des brumes d’orage
Et le sang et le sang

Ma douleur parfois est semblable au foudroiement d’une
Montagne au roucoulement de l’argile

Et le fiel et le fiel

Le sang d’abîme brûlé par les ailes
La soif de regarder le songe d’un corps à travers les fenêtres
Jolie pauvreté du ciel
Errance suave dans les nimbes de soi

Et la nuit et la nuit

— Hier dans le métro station Montgallet
Je regarde un homme assis devant moi
Des larmes rouges dévalent la clarté de son œil
Il met des lunettes noires
Et les larmes de poursuivre leur longue dévastation à travers l’
Angle découvert du visage

Cet homme c’était moi
— La sueur incandescente du front
La hauteur triste du corps
La forme imprécise de soi
La sphère osseuse de l’eau
Le paysage des yeux

J’ai bien une joue toute épousée de bonheur
Un tissage de fleurs sur la lèvre
J’ai bien de l’éternité dans la voix
Et pourtant pourtant comme une douleur un piétinement d’âme
Il manque à mes cheveux presque blancs
La douceur d’une main

30/07/2006

30/07/06 - 22:56

POESIE


J’écris
Ca survient contre les murs entre deux arrêts du
Métro J’écris pour ma sauver de moi-même
Sauver le soi
En moi
Ou le moi
En soi
Que sais-je
J’écris dans les squares contre les bosquets fatigués sous les jupons
Fendus
J’écris à propos des cathédrales
Des dévaliseurs d’encre
Des assiégeurs de luzerne
Je m’établis dans des musées trébuchants et les yeux qui crient du texte
Sont des arbres en fleurs
J’écris de derrières les portes
Des sanglots rangés entre eux comme des mouchoirs
Je pousse des rainures de lys des apostrophes et des
Salives brunes
Je charrie dans ma langue des univers fous

Et je t’aime et je t’aime

30/07/06 - 22:44

CHALEURS

Depuis ce matin, Chacha est en chaleur. Elle hurle à l'agonie. Je lui ai administré trois pilules soit disant interruptives de chaleur. Et elle continue de hurler la mort. Les voisins sont au bord de la crise de nerf, ne pouvant trouver le sommeil à cause des cris. Ca dure depuis ce matin. Parfois, elle se tait un peu et j'espère que les cachets ont fait leur heureuse fortune hormonale. Ca dure quinze secondes et elle reprend ses cris perçants et douloureux comme la mort. J'entends les voisins qui ouvrent leur fenêtre et qui supplient la chatte de se taire. J'ai le malheur de faire le ménage et elle ne trouve pas mieux que d'arroser le parquet de mares de pisse.

Des jours comme ça, je déteste Chacha. Je veux l'abandonner dans le premier caniveau de Paris et la donner à manger aux rats des égouts.

Bon. Journée de merde. Je devais voir S. Je devais aller à la piscine. Je n'ai pas vu S. et les agents de la piscine faisaient grève. Alors j'ai fait du ménage. J'ai repassé des tonnes de linge. Vu un film "Stay'" auquel je n'ai rien compris. J'ai pris trois boutons sur le nez et il a flotté sur Paris des rafales d'eau. Joué au jeu vidéo me suis fait dévorer par le monstre.

Journée de merde vraiment. Aussi merdeuse que les cris de Chacha qui dégueulent dans la nuit.

29/07/2006

29/07/06 - 10:41

FAMILLE

Un oncle est décédé la semaine dernière. Cancer du poumon. Mes parents sont partis en précipitation à Marseille pour assister à l'enterrement. C'était un oncle un peu fou, très seul, assommé de filles à vendre et de tabac. Ma mère ma raconte qu'à la cérémonie il n'y avait que 5 personnes : le tuteur, mes parents, deux tantes. C'est terrible de finir ainsi, dans la solitude si profonde, dans l'absence d'amour, dans le désarroi fade d'une chambre d'hôpital. Le tuteur avait permis un voyage en Russie pour qu'ils profitent de ses quelques dernières bouffées d'air pour séduire des filles de là-bas.

Ce décès me rappelle à une partie de mes origines familiales. Je ne compte plus le nombre d'années depuis lesquelles je n'ai pas revu mes cousins, mes oncles et tantes, ceux-là du sud. Je sais, nous avons toujours été les gens du Nord, les gens du froid, les gens du loin. Eux, ce sont les gens du sud, aux pieds de la Méditerranée. Ce sont les gens à l'accent du soleil, un peu racistes, un peu superficiels, un peu radins. J'ai souvenir de vacances formidables passées avec eux, dans la maison près de la mer, à Agde. J'ai souvenir des rares instants de véritable adolescence à courir sur les quais nocturnes d'Agde.

Il y a quelque chose d'irrationnel dans cet attrait du sud. De la mer. Il y a aussi en moi, très ancrées, la proximité avec l'Algérie, la chaleur des bateaux qui remontent le côte vers l'Afrique. Il me faudra comprendre un jour d'où me vient cet attrait formidable du nord de l'Afrique. Le secret qui réside là-bas, contre le flanc tiède de la mer. Il faudra comprendre la folie de l'odeur du Maghreb, l'éternité de sa musique qui résonne en moi comme une seconde chair. Il faudra comprendre pourquoi mes projets, mes désirs me ramènent éternellement à l'Afrique du Nord. Je sais qu'il y a eu quelque chose de dérangé avec l'Algérie. Que les voyages commerciaux entre Marseille et l'Algérie ont forcé ce dérangement. Que quelque chose de profondément présent en moi s'est produit dans l'énervement du soleil et de l'Afrique.

Les prochaines vacances, après le Maroc, j'irai là-bas me réconcilier avec mon histoire.

27/07/2006

27/07/06 - 11:14

ABSENCE

Je dois te parler mon petit Lou du manque à t’aimer
Je dois te parler aussi des cyprès bleus assis contre la Seine
Je dois te parler des promenades en Bretagne
Et du bruit sage de l’eau qui tiédit contre la mer

Ma petite chatte est blottie sur l’antre blonde de mes genoux
Elle récite des poèmes en forme d’airs
Des chants religieux et des épîtres à Saint
Lou mon amour mon ange je suis malheureux de l’absence d’amour

Les pays derrière la fenêtre sont tristes comme des gants

Je voudrais m’humilier à l’onde des jonquilles

Respirer la virgule de tes cheveux
Pleurer dans un grand bain de roses

26/07/2006

26/07/06 - 23:51

SIMPLICITES

C’est simple trouvé comme un trésor de guerre un accroc dans la peau

Mon petit voyou de chair brune
Toi que j’ai laissé partir dans cette guerre triste

Ô petit lou petit cœur mon petit trésor de chair mon petit Y.
Que j’ai
Eu tord de te laisser à l’agonie des arbres mauves

J’aurais du lutter contre l’élastique et le mouvement des
Montagnes

Je n’ai pas eu le courage de la chute
Des eaux usées et des ténèbres vertes

Je pense à toi petit cœur d’argile dans la solitude qui m’accable

Je voudrais renifler encore la féerie de tes doigts
Sentir encore l’accalmie sainte de ton œil
Et ton petit cul rond comme un oiseau
Ta bouche ulcérée de fleurs

Je voudrais que tu m’aimes encore et que je t’aime encore
Et que ces tragédies énervées soient des mauvais souvenirs
Des replis d’âme
Rien que des petits replis de chair
Mon petit Lou d’amour mon doux Y.
Je voudrais que tu n’oublies pas qu’on s’est aimé
Je voudrais que tu n’oublies pas les gestes tendres
Les promenades en mer
Les fenêtres à demi fermées sur la nuit
Les brutalités du ciel
Les tonsures du monde

Je voudrais que tu continues de rêver à ce que fut notre amour
A la langueur étrange des roses

26/07/06 - 20:48

LECTURES


Les pieds gonflés d’une brume incertaine de mots
Le poète allait la joue salée de ses trop pleins de soupirs

A lui seul c’était une sorte de ronde
Un dérangement à peine chanté

Il pleurait des mots et des vers
Larges comme des paysages

Il faisait ses phrases cabossées
Il faisait ses bruits d’amour et ses petits éclats de mots répandus comme des
Soleil

C’étaient des ossatures de verbes
Des bouts de soi plumés et scintillants
Des chances d’amour

Il était ce poète aux mains creuses
Et son âme belle allait crier des vers incertains et rimés

On trouvait ça gentil touchant même
On disait « il fera jolie carrière »

En fait on trouvait ça désuet déplacé sans importance
On disait « ça lui passera »
Et lui la belle âme il croyait faire de l’art
Il montrait ses petits déchirements
Sûr qu’on y lirait la fleur et l’Apocalypse
Au moins quelques crachats d’étoiles

26/07/06 - 09:32

Y.

Parfois je pense à Y. A la lumière de son sourire. Le temps fait oublier les moments difficiles et ne conserve que la substance heureuse des choses. Je pense à son talent, ses lectures, ses appétits du monde. Je pense à l'amour fou qui nous unissait. Je pense à l'escalade de son rire. Et puis soudain à la noirceur des yeux. Aux ténèbres de sa voix.

24/07/2006

24/07/06 - 20:51

COMMENTAIRES

Il ya quelque chose de désolé de moi. Souvent je crois que c'est une envie de sexualité. Alors je trouve un homme. Je fais ce qui doit être fait dans ces rencontres de l'instant. C'est là, ça dure, ça a lieu dans l'obscurité de la chambre, nous le faisons et j'éxécute les gestes attendus de la sexualité, comme un automate.

A chaque fois je me rends compte que cette désolation de moi ne relève pas du désir sexuel. C'est quelque chose d'autre, de plus profond, quelque chose naufragé totalement.

23/07/2006

23/07/06 - 23:29

LE TEMPS PARISIEN



Il y a une sorte d'accalmie au malheur dans le temps parisien. Enfin, je commence à aimer mon appartement. Il se prête à la rêverie, aux visitations du monde en poésie. Ma chatte est ravie de vivre là aussi. Elle a repris du poids. Ma vie est traversée d'une sorte de bonheur incandescent ici, à Paris, Porte Dorée. Le 12ème est l'un des arrondissements de Paris les plus attachants. Il y a la vraie vie parisienne, ses commerces déroulés sur l'Avenue Daumesnil, et surtout, majestueux, le lacet d'eau immense que dessine le lac. Vraiment, à Porte Dorée, il y a du joli bonheur.

Il y a ces jolies rencontres égrénées sur le net : N., R., il ya ces amitiés belles qui durent, F., S., il y a les joies paresseuses des flaneries parisiennes, il y a la douceur des jours, et surtout, il y a tous ces regards bleus qui se détournent un instant pour me sourire ou regarder le déhanchement clair de mes fesses.

Ma mère me dit que jamais, elle ne m'a trouvé aussi épanoui, aussi beau. Il y a S.,F., les autres, les collègues, qui me disent qu'il y a de la beauté belle en moi. J'y crois parfois quelques instants quand un regard mâle s'attarde un instant sur la courbure de moi. Je crois que la beauté est bien plus qu'une chair offerte, qu'elle part de l'intérieur et qu'elle crache de la lumière, infiniment.

22/07/2006

22/07/06 - 13:23

PSYCHANALYSE

Pour inaugurer cette longue construction de moi, j'ai ouvert un nouveau recueil qui s'appelle "Psychanalyses". Au pluriel.

Et ce texte qui démarre le livre :

VIOLENCES

Je me ferai juif par goût du sacrifice

Tes brumes cueillies comme des bouches
Je les baiserai sous l’épouvantail de mon ciel

Je brûlerai l’odeur de tes arbres je battrai de ma verdure les solitudes de ton
Ventre
Et je t’aimerai je t’aimerai jailli comme une aurore terrassé comme un astre
Je t’aimerai dans l’onde énorme des paysages en toi

Ton visage quiet ruisselle de paysages pareils à des mausolées bleus
Ton bras est travesti d’une déchirure brune
Je me ferai poète pour voyager dans la langueur pieuse de ta lèvre
Je respirerai dans l’éternité la frayeur des sourires
Je sauverai des palais à cause de leur ongle rouillé et de leur bénitier vide

Ô je me noie dans des chairs molles
Mon sommeil est dévoré de stupres et d’abeilles
Les paupières de mon squelette se trémoussent de cris glauques
Voilà – la sainte violence et l’ignorance éclose en un sein d’encre
Voilà – les tambours du monde et les secouements merveilleux de la mer
Voilà – la torpeur inanimée d’un moi cracheur de fleurs

17/07/2006

17/07/06 - 12:20

MOI PARCE QU'IL FAUT BIEN 3

17/07/06 - 12:20

MOI PARCE QU'IL FAUT BIEN 2

17/07/06 - 12:19

MOI PARCE QU'IL FAUT BIEN

17/07/06 - 12:18

LA MAISON DE NOIRMOUTIER

17/07/06 - 12:04

RETOUR DE VACANCES

C'est la première fois de ma vie que la maison à Noirmoutier m'est parue agréable. D'habitude, c'est un endroit ignoré de moi. C'est l'endroit de mes parents où je ressens la lourdeur de la mer, l'ennui et l'accablement des marais.

Cette année, la mer m'a paru autre. Elle n'avait plus la parure noire que je lui croyais en général. Les étendues sablées s'accompagnaient d'un vent doux, comme une caresse, contre la hanche de ma solitude. Il y avait le monde que je souhaitais, c'est-à-dire ni trop peu, ni pas assez. Soudain, la maison m'est apparue douce, réconfortante, plantée dans l'encre sableuse du jardin. J'ai senti vraiment l'odeur du monde, à genou, les pieds enfoncés dans la vase bleue de l'océan.

Il y a eu aussi la présence de F. Sa joie triste, son apparente désinvolture, sa douceur et sa générosité. Mon petit frère M. et sa copine. S. et les autres. Enfin tout ce petit monde qui donne à une maison enfoncée dans la solitude d'une ile, la sensation inouïe d'une revisitation.

Il y a eu la naissance d'Ambre, ses bruits de pleurs dans la clinique. Il a eu, vraiment, le sentiment que ma vie était belle et légère. Il y a encore, très égaré, le bruit de la mer, qui surgit dans mon sommeil et le besoin si tendre de la serrer en soi. Il aurait fallu l'amant mais cela viendra plus tard.

11/07/2006

11/07/06 - 18:54

LA MER

Après Bourgneuf en Retz, c'est la mer qui commence. Avant le rond-point qui termine le village, les plaines de Loire Atlantique et de Vendée déploient leur longues étendues verdâtres, rongées de tristesse. Puis, à cet endroit-là, au bout des maisons, la mer est là, déjà.

Alors le ciel tout entier s'ouvre. Il fait comme une virgule, un accroc dans le ventre de la terre. Partout, on pressent la mer. Elle dévore chaque pan de terre, chaque morceau de lumière. L'océan habite la chair de la terre ici. Le ciel tout entier est dévoré par la promesse de l'eau. Il y a sur le côté de la route, la terre trouée par l'océan. C'est dans ces trous minuscules d'eau que les hommes musclés, à la chair ambrée, ramassent le sel. Ils récoltent le sel avc acharnement et poésie à la fois. Ils le font dans la langueur extrème de la mer, qui, plus la route avance, plus la route s'enfonce dans la promesse de la côte, s'annonce véritable. Bientôt les villages se font plus rares. L'odeur de l'écume devient abondante. Elle remplace celle des foins, celle des animaux, bientôt l'odeur de la mer occupe tout l'espace de la voiture.

L'eau devient épaisse et multiple. Elle broie tout, jusque la chair du monde. Je reconnais la lumière grise des vacances, le temps suspendu à la solitude de moi. Je reconnais les corps mâles, absents, répandus dans la chaleur mate du temps. Je reconnais la grandeur de la mer, là-bas, celle qui se noie sous le pont clair de Noirmoutier.

03/07/2006

03/07/06 - 22:25

LES QUARTS DE FINALE A MOI

J'ai assisté aux victoires des quarts de finale dans un bain de musique. J'avais les écouteurs sur les oreilles (Madonna en prime) et je regardais ébahi, aux terrasses de café, le spectacle inouï de la victoire. C'était stupéfiant de suivre les cris des gens, les mouvements de joie des amateurs de foot, les hurlements venus du coeur, dans ce naufrage absolu de musique.

C'était totalement étourdissant. Ca criait. Ca se levait. Ca poussait des éclats de rire aveugles. Ca frappait dans les mains. Et la musique, énorme, dans les oreilles, qui tournoyaient dans ma tête.

 

L'histoire de ma vie n'existe pas. ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne. Je n'ai jamais écrit, croyant le faire, je n'ai jamais aimé, croyant aimer, je n'ai jamais rien fait qu'attendre devant la porte fermée. Je me suis dit qu'on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps mort de l'amour. Marguerite DURAS