31/01/2006PETIT PASSAGE DE BONHEURVoilà. Il paraît que c'est l'année des chiens. Moi je suis rat. Ca devrait être l'année des rats, car jamais il ne s'est produit autant de belles choses dans ma vie.
Je suis amoureux. Depuis l'obtention de mon doctorat, je suis sollicité de partout pour des articles, des conférences ou publier ma thèse.
Que du bonheur ! 28/01/2006RETROUVAILLESEn déménageant j'ai retrouvé des textes écrits entre 2000 et 2002 pour mon petit frère de coeur, Mounir. Il s'agit de textes écrits à la hâte au retour des visites au parloir de la prison de Caen. Dès que j'ai accès à mon propre PC, je les mets en ligne. 27/01/2006DROIT DES ETRANGERS SUITEVoilà un drôle de débat entre Olivier et Raoul suite à mon dernier aparté dans le blog. C'est un débat qui voudrait décider de la légitimité à immigrer en France.
J'ai eu mes propres expériences avec l'immigration. D'abord professionnelles. J'ai dirigé un centre qui accueille des personnes en demande d'asile. J'ai connu la tempête sarkozienne où la majeure partie des résidents se sont retrouvés déboutés de leur demande d'asile, réduits au non-droit total, et en même temps condamnés à survivre en France face à la quasi-impossibilité juridique pour le ministère de l'intérieur d'éxécuter les reconduites à la frontière. J'ai connu ces visages graves, dévastés par la guerre, ces visages sans appel, ces visages dévorés par l'angoisse, suspendus à la promesse improbable de la Préfecture de les régulariser. Il faut dire ça. Il faut dire ces milliers de personnes aujourd'hui en France, condamnées à errer d'une administration à l'autre, condamnées à attendre les 10 ans fatidiques pour obtenir la régularisation, condamnées au non-droit. Je voudrais vous raconter ces hommes et ces femmes, malades du SIDA, qui obtenaient la régularisation sanitaire et qui se retrouvaient condamnés à travailler parce que le titre de séjour qui leur était offert leur interdisait l'accès au RMI, à la sécurité sociale et au logement social.
C'est une honte.
J'ai expérimenté l'immigration avec I. I., cet amour d'homme. Il était beau. Je me souviens des crises de larmes qui le prenaient, de la confiance en lui qui s'éreintait chaque jour. Je me souviens des sommes d'argent qu'il me suppliait. Souvent il disait que je couchais avec lui mais que mon amour pour lui ne parvenait pas à dépasser ces coucheries. Que je le baisais et que je l'abandonnais ensuite à la tristesse de son errance. Alors je lui ai donné de l'argent. J'ai donné beaucoup d'argent. Je savais qu'il ne le rendrait pas. C'était une façon de le retenir à moi. Car, au-delà de lui, il y avait sa difficulté à assumer notre amour. Il me saluait dans la rue comme on salue un étranger. J'étais son étranger, et lui, il était étranger au pays tout entier. Il me désirait je le sais. Mais voilà, il était regardé par la communauté marocaine, surveillé par elle, condamné à jouer l'hétérosexuel.
J'ai écrit ça pour lui :
Cher étranger
Ici siègent les odeurs du fleuve
Ici vont et viennent les effluves du
Silence ici règne un astre inhabituel
Ici dure l’agonie des abeilles
Ici se souviennent les choses de la terre
Les encouragements des gisants
Les prophéties du soleil
Ici se soulèvent les montagnes
Dans des éclats d’encre
Ici se perdent les naufragés et les avaleurs de
Semence
Ici se tordent les mondes
Et la luxure éclabousse jusqu’aux vomissements
Ici culminent les statues
Et gémissent les pierres
Ici s’établissent les marchands de rêve
Ici dansent les fumées amoureuses
Ici s’étranglent les adorateurs de Dieu
Ici hurlent les femelles vertes
Ici lanternent les brûleurs de seins
Ici chantent les sauterelles
Ici se perdent les peuples du dessous
Ici s’amoncelle le reste des pluies fauves
Ici fulmine la torpeur de l’oiseau
Ici s’agglutinent les cafards et les hêtres
Ici s’épanouissent les requins et les alouettes
Toute la ménagerie nocturne des suceurs de bois
Ici s’inquiète le vent
Ici tout là-bas je me perds hors de toi
J'ai écrit d'autres poèmes. Je me perdais dans cet amour. Je crois que la loi a tué notre amour. Il aurait fallu lui donner le droit au travail, lui donner le droit au logement pour que notre amour ne s'épuise d'argent. Le loi ne le voulait. Il s'est marié. Il continuera de baiser des hommes en silence.
Moi je suis amoureux de Y. J'en suis sûr de ça. Pour le reste j'ai décidé de garder un oeil tendre pour tous les immigrés de France.
26/01/2006DROIT DES ETRANGERSJe viens d'apprendre que mon ex I. va se marier. Nous ne nous sommes pas parlés depuis des mois.
I. est marocain. Je l'ai aimé absolument. Nous avons souffert ensemble. Lui à cause de son errance d'une administration à une autre, moi, à cause de mon indétermination à l'aimer. Il était sans papier et j'ai toujours douté en réalité de ses désirs pour moi. M'aimait-il pour mon argent ?
Pourtant nous nous sommes aimés. Vraiment. Nous avions une sexualité de l'enchantement. Nous éprouvions des sentiments d'un confusion absurde. Notre amour a été celui de la bataille. Du déchirement. Longtemps je l'ai tenu rattaché à moi avec une dette d'argent. C'était pervers et dégueulasse, je sais. Lui m'a volé. Il m'a tenu à lui avec ses peurs, ses sanglots, son désespoir, sa détresse à vivre et à survivre à son errance administrative.
Il a trouvé une femme, quelque part en Bretagne. Il m'appelle pour des questions juridiques. Je crois qu'en fait il m'appelle pour dire qu'il va devenir français, qu'il a fini par trouver une femme à marier. Il me dit qu'il l'aime. Je sais dans sa voix qu'il ne l'aime pas. Que ce sont les hommes qu'il aime.
Je le sais à cause du trémolo dans la voix. Je le sais parce que c'est lui qui m'appelle. Alors que 10 mois plus tôt il me suppliait en larme de ne plus l'appeler à cause de la douleur du souvenir.
C'est terrible cette loi en France contre les étrangers. Elle pousse au mal absolu : celui de condamner une femme à un mariage non désiré, de condamner un homme au refus de sa propre sexualité. RETOUR AUX SOURCESJ'ai aménagé chez mon amie Françoise. C'est un appartement tout à fait parisien,coincé contre le périphérique, sur les bords est de la capitale.
Je suis là pour deux mois, le temps Y. et moi de nous trouver un appartement à notre goût. Françoise nous offre le toit, nous nous chargeons de la toilette de ses chats pendant qu'elle va se reposer à l'hôpital.
C'est une sorte de retour au source. Je reviens aux endroits de mon adolescence. Paris. Je reviens dans la sonorité de la ville. Je reviens à cette ville, un peu honteux de lui avoir préféré la Bretagne. Je reviens vieilli aussi. J'ai connu jadis les soirées gays du tout Paris. Aujourd'hui je réapparais à Paris pour m'aménager une petite reconstruction intérieure. Il va me falloir un peu de temps pour reprendre mes marques. Je ne vais plus aller m'étouffer dans la moiteur du Marais. Je vais me retrouver, moi, dans la lenteur des rues, dans l'odeur du monde. Paris. Les lumières de Paris. Le sein chand et odorant de la ville.
En fait je ne sais pas si j'aime Paris. Je crois que j'aime surtout les souvenirs qui s'y rattachent.
Je trouve qu'en 7 ans d'absence Paris a changé. C'est devenu une ville fauve, brutale. Il y a là, partout, une pauvreté désabusée. Il y a aussi, derrière cette pauvreté, les visages aigris de la bourgeoisie. J'avais oublié que des gens puissent être si riches ici. Il y a aussi tous ces homos gracieux qui déambulent dans les rues. Je me souviens, moi, à 18 ans, petit provincial arrivant à Paris, me découvrant homo, et oubliant tout d'un coup qu'on pouvait être si peu libre de sa sexualité. J'étais jeune et j'affublais mon homosexualité comme un blason, un étandart. Paris me faisait oublier que s'assumer homosexuel est un acte de courage inouï pour tout provincial. Je suis devenu méprisant, c'est-à-dire parisien. 24/01/2006PENSEE DU JOURIl faudra que je vous parle de notre journée Y. et moi le long de la mer, entre Saint Malo et le Mont Saint Michel, vendredi dernier. De la luminosité de cette journée de vendredi. J'ai la chance de cet amour-là.
Je pense encore à ma séparation avec J. Je ne sais pas d'où vient cette religion idiote par laquelle il est plus facile de quitter quelqu'un que de se faire quitter. 23/01/2006DEMENAGEMENTVoilà je suis docteur. C'est-à-dire que je suis parvenu à défendre un texte universitaire devant cinq jurys, terribles, sévères. Voilà. Avant jeudi je n'étais que moi. Depuis vendredi je jouis de cet espèce de prestige inutile, cette récompense à la fois merveilleuse et dérisoire, cette décoration illusoire.
Non. Le plus difficile c'est le déménagement qui suit la soutenance. Dès samedi, à peine rentrés de Province, nous nous lançons, Y. et moi, dans le déménagement de l'appartement de Vitry.
Brutalement je sais que ma séparation d'avec J. est définitive. Il faut faire les cartons. Il faut faire le tri des choses à garder, des souvenirs à jeter. La matérialité du déménagement vous amène à une autre forme de matérialité, celle du souvenir qu'il faut ranger, ordonner, rationnaliser. Je tombe sur une photo qui nous représente J. et moi, en Thaïlande, sur le dos d'un éléphant. Il y a déjà dans nos regards la désespérance de la fin. C'est le visage de deux hommes, écarquillé d'amour et de peine tout à la fois. Il y a du bonheur dans ces yeux. Il y a le bonheur de la tranquillité, la sérénité de l'amour régulier. C'est la chronique d'une séparation annoncée qui ne parvient pas à se faire. Les liens sont forts et les casser c'est brutalement exciter le destin, casser la quiétude du quotidien, énerver la solitude. Je tombe sur une centaine d'objets qui racontent notre histoire d'amour passée. Chaque chose de cette partie de nous me projette dans le souvenir de notre histoire. Je sais aussi, infiniment, qu'à cet instant J. souffre, qu'il se demande s'il n'a pas fait l'erreur d'accepter notre séparation.
Voilà. C'est le déménagement. Y. est formidable, occupé à ranger chaque chose. Il met une force incroyable à faire du tri dans les choses de moi. Il n'épargne pas la moindre énergie. Il y a dans cette gestualité une force d'amour. Je l'aime et pourtant, brusquement, je suis pris par le remords, la désespérance du souvenir. Je l'aime j'en suis sûr, jusque la brutalité de ma propre désespérance. J'aime Y.
Ca passe très vite. Enfin je crois. 17/01/2006SOUVENIRSC'est étrange le souvenir. Il ne faut pas que le souvenir se salisse de nostalgie. Sinon, le souvenir devient périlleux, accidentel. Depuis ce soir, les souvenirs ont un goût de nostalgie. Les souvenirs sont là. Ils sont en moi. Ils m'envahissent. Je me souviens et c'est à cause du souvenir même que les choses sont difficiles. Qu'elles le deviennent irrémédiablement.
Le souvenir qui m'étreint est celui de la Bretagne. Je me souviens de chaque endroit, chaque bout de mer. Les souvenirs charrient avec eux des odeurs. Souvent, au moment du souvenir, l'odeur rejaillit. L'odeur est brûlante. Elle est plus forte que l'image même de la terre. Du bruit de l'océan. Je pense à ces gens venus d'ailleurs, ceux qu'on appelle les immigrés, et qu'on accuse de vouloir voler la terre. Notre terre. Je pense à ces gens de l'ailleurs que le destin conduit dans des univers inconnus. J'imagine la détresse du souvenir. J'ai la chance encore de pouvoir me rendre à Rennes autant que je le souhaite. L'étranger, lui, est condamné au souvenir. Il est condamné au parfum de la nostalgie, sans espoir aucun de pouvoir de nouveau goûter sa terre, sentir le sein de sa maison, se brûler la paume des mains aux odeurs de cuisine.
Plus que la terre de Bretagne, je pense au visage de mes amis. Gwénaëlle, Eric, Martine, Antoine, Céline, Radouane, Ilyas, Lilian, Sandrine, Thierry, Yannick, etc. tous ceux-là qui ont si généreusement contribué à mon bonheur. Je pense à la mer, celle de Saint Malo et je pense aussi à l'océan de nos rencontres, au bonheur de nos rencontres, au temps breton qui me semblait si léger. Je pense au corps des amants que j'ai pu dévorer.
Je sais que je me trompe. Que c'est la nostalgie qui revisite le passé et qui fait croire que le présent ne sera jamais aussi merveilleux que les terres de là-bas. Cruelle nostalgie. THESEJe passe ma thèse jeudi. Enfin. Trois ans à travailler dessus. Trois ans à m'essouffler de paroles chaque soir après le boulot. Trois ans de lecture et d'écriture. Ce sont aussi trois ans de vie avec J. Il a été là tout le temps de la thèse. Il ne sera pas là pour la soutenance. J'ai consacré une partie de nos soirées amoureuses pour travailler ma thèse et il ne sera pas là pour assister au grand déballage intellectuel.
C'est normal. Notre histoire est terminée. Nous ne sommes plus amoureux. Cette thèse, ce sont les décombres antérieurs de notre histoire. Il n'en reste que ce grand jour. Pendant que je mettrai en scène ce travail de trois ans, paradoxalement J. déménagera ses derniers cartons de l'appartement.
Je serai docteur et nous serons séparés, chacun dans nos vies. 15/01/2006APRES MYLENE FARMER
Hier soir, rendez-vous 18H00 à Bercy, comme des milliers de fans, homos de surcroît, pour assister au concert si attendu depuis des années, un évènement si l'on en croit les sites Internet et les commentaires journalistiques.
Bien. Nous voilà dans le froid, à remplir la queue monumentale qui court depuis la place Léonard Bernstein jusque la porte 27. Les pédés sont tristes. Ou bien j'ai vieilli, ce qui est indiscutablement vrai, mais vieilli au sens malhereux du terme, vous savez cette façon-là qu'ont les gens de raconter avec une pointe de tristesse dans la voix que jamais, de leur époque les choses n'avaient été si graves, si malheureuses, ou bien ce sont les jeunes gens eux-mêmes qui ont vieilli. C'est une queue tranquille, sans féérie, les gens attendent dans le froid, les cris ou les banderolles en l'hommage de Mylène sont en berne, ils attendent, le visage glacé, comme on attend sa place aux ASSEDIC, avec une sorte de tiédeur hagarde dans les yeux, ils attendent ronchonnant après le temps, pas une jolie pédale pour hurler après Mylène, pas un vieux pédé pour jouer aux demoiselles, non ça attend d'entrer dans la fosse, chacun son tour. La joie toute homosexuelle ne sera pas de la soirée. Nous sommes des enfants gâtés je vous dis, sans enthousiasme, blasés par les choses de la vie. J'ai peur que l'époque guillerette où les homos jouaient aux folles exubérantes, se pamaient à l'idée de voir Madonna ou Mylène, est révolue.
Nous voilà dans la salle. Mylène a l'idée étrange de nous montrer en avant spectacle un film montrueux, certes très beau d'un point de vue strictement cinématographique, mais catastrophique du point de vue du message véhiculé. On vous parle des corps déchirés d'Hiroshima, des ravages causés au corps par les radiations, des foudres du Tsunami. Bref, Mylène nous invite dès le début à pleurer, à geindre, à nous lamenter de la terreur du monde, nous pauvres homos indifférents à l'horreur humanitaire. Les gens sifflent. Les gens s'impatientent. Le court-métrage dure 25 minutes qui en paraissent dix de plus. Je vous jure, ou bien j'ai vieilli vous savez cette façon-là qu'ont les gens de raconter avec une pointe de tristesse dans la voix que etc !
Mylène se fait attendre environ une autre demi-heure. Et enfin le concert tant attendu commence. L'évènement musical de l'année commence. Les gorges se taisent clouées au mystère de la musique. Les yeux sont ouverts à la splendeur attendue du spectacle. Et moi j'attends le souffle coupé. La lèvre éteinte. J'attends l'extraordinaire. J'attends. J'attends.
Je vous avoue que ce matin j'attends encore. Je n'ai pas vu la Mylène d'il y a cinq ans. Celle qui déchirait les foules de ses chorégraphies superbes. Non, j'ai vu une chanteuse qui ne sait plus danser, qui s'éreinte la voix et qui tousse entre deux chansons. Celle d'une chanteuse qui multiplie la lumière pour mieux disparaître à son spectacle. Celle d'une chanteuse qui joue à pleurnicher comme elle le fait depuis quinze ans à chacun de ses concerts. Personne n'y croit. Personne ne peut croire qu'à quarante ans passés, avec une telle fortune entre les mains, on puisse continuer à pleurnicher aux mêmes chansons, aux mêmes endroits, concert après concert. Non. C'est un spectacle proprement désenchanté.
C'est fini la belle époque des chanteuses névrosées. Je vous jure je dois avoir bien vieilli.
13/01/2006REPONSE A UN AMIVoilà ce que m'écrit L., un ami en réponse à la lecture de mes poésies :
"Salut Laurent,
Ma foi ils sont chouettes tes textes.
Ca me rappelle quand j'étais amoureux, ça me dit en même temps que je ne le suis plus. Ou plus de la même manière, enfin ça ne me manque pas. Pourtant je pense tous les jours à elle et on partage nos nuits. Mais l'exaltation a foutu le camp, est-ce de s'être montrés dans le miroir de nos relations quelques-uns de nos plus beaux monstres ? Non, je l'aime, certes, mais je ne suis plus exalté.
Je crois que c'est une paresse de la vie de couple. Tu parles 12 ans ! et ça passe vite en plus. Sur un plan émotionnel l'encéphalogramme est vachement plus plat. Il n'y a qu'au lit que c'est vachement mieux, l'expérience compense bien la répétition.
Qu'est ce que c'est que d'aimer de toute manière ? je ne crois pas qu'il n'y ait qu'une bonne manière de le faire, je crois que celles qu'il faut redouter (et elles sont légions) ce sont les amours narcissiques où l'on n'aime que soi à travers l'autre, il y en a mille et une versions de cet amour-là, et il n'en mérite pas le nom.
Ben voilà je suis retourné aux discours des petits mecs de maternelle : l'amour ça fait chier.
Non d'un chien, c'est affreux il y a 60100 réponse dans google pour L.B, moi qui pensais tenir un brevet, c'est un peu comme en amour :)
A la semaine prochaine"
Voilà. La question essentielle qu'il pose c'est celle de l'éternité d'amour. Tous les amoureux, aux prémisses de leur histoire, sont convaincus de l'éternité de leur relation. Je crois ça. Surtout aux moments féconds de l'engagement, lorsque les amants se destinent au mariage ou au PACS.
C'est la grande angoisse de Y. Que l'amour s'éteigne. Que le quotidien supplante à la fougue de l'amour. Que les feux amoureux s'ecclipsent dans la banalité des jours. Souvent il dit qu'il a peur. Dans tous les cas, Y. vit avec une sorte d'angoisse de fin éternelle. Il n'y a pas d'histoire d'amour qui dure pour lui. Souvent, lorsque nous parlons de notre relation, il saisit le spectre de sa fin. La peur de nous quitter le poursuit inlassablement. Il n'y a que l'amour de sa famille qui ne soit éternel pour lui. Rien ne dure sinon. Ce qui lui est impossible c'est de penser que l'amour évolue, qu'il s'arrange du quotidien. Ca, il ne peut pas. L'amour doit être extraordinaoire ou il n'est rien.
Moi je n'y pense pas. Je goûte l'amour comme il survient. Je traverse les tempêtes de nos cris. Je goûte les moments inouïs de la chair. Je dévore à plein coeur la douceur de nos soirées. Je ne veux pas penser la fin de ça. C'est impossible de vivre au jour le jour une relation amoureuse et d'être rappelé à sa fin en même temps. A chaque fois qu'il parle de la fin possible de notre histoire, je dis qu'il me maltraite à invoquer Damoclès de cette façon. Il faudra que ça dure parce c'est ce que je veux. Il faudra que notre amour s'accomode du quotidien. 11/01/2006LE SOLEIL DANS LES YEUX
Hier mon petit frère, M. est passé à Paris pour acheter une voiture à PARIS. Je dis mon petit frère. En réalité, il s'agit de mon petit frère de coeur. C'est le petit frère choisi, le petit frère du désir, celui qui ne s'impose pas par les liens du sang mais qui se décide par les hasards de la vie. Ce sont souvent ces fraternités-là qui occupent l'essentiel de soi.
Notre rencontre a dix ans. J'en garde un souvenir lumineux. Je l'ai rencontré il avait quatorze ans. A l'époque, j'exerçais le métier de travailleur social dans un quartier dit populaire. Je me souviens maintenant : il s'était présenté à mon bureau, l'air insouciant, du soleil dans les yeux, me disant mine de rien qu'il fallait lui trouver un lycée au plus vite car il venait de se faire virer pour port d'armes !! Evidemment la demande est incongrue. Et le voilà de rire à pleine gorge. Et voilà surtout une belle relation qui s'amorce. Voilà le début d'un long parcours de vie, de l'adolescence à l'âge adulte, entre la prison, les différents lycées, les formation en tout genre, les trajets en voiture, les échanges de larmes, les engueulades.
Il n'y aura jamais de désir dans cette rencontre. Il y aura surtout l'indéfinissable de la fraternité. Ce pacte lié, un matin, dans un parloir de prison que rien, pas même ses errements, ses découragements, ne viendrait troubler. J'ai cette chance merveilleuse de faire un travail qui permette d'établir du sens. D'exercer une tâche, certes parfois ardue, mais dont la visibilité ne réside pas dans le gain d'argent, la production de matières industrielles, mais au contraire, dans l'échange, le grandissement de petits êtres fracturés par leur parcours de vie, le réveil et la reconnaissance.
Bien sûr, parmi tous ces accidentés de la vie que je rencontre, aucun n'ont gagné ma fraternité. M. c'est différent. Il est devenu mon petit frère. Il est celui du mystère de la relation humaine. Il est celui par lequel le franchissement du privé et du professionnalisme peut être parfois possible.
Il y a dans cette rencontre quelque chose de divin. Quelque chose de semblable à l'image de cette femme, mi-déesse, moi-réelle. Du mystère je crois. Oui du mystère. 09/01/2006ECRIRE
Je suis allé voir récemment le film "Le tigre et la neige" avec mon amie Françoise. Ce film est une formidable métaphore sur l'écriture. Finalement, c'est vrai à quoi bon écrire ? A quoi bon rédiger un blog qui n'a d'intérêt littéraire que de faire du bien à soi ou de nourrir l'esprit curieux de quelques uns ? A quoi faire de la poésie qui n'est lue de personne ? Bref à quoi bon écrire ?
Une scène du film montre le héros principal qui explique à ses films pourquoi il fait de la poésie. Il explique que, à ses six ans, il avait croisé dans un parc un oiseau d'une telle beauté qu'il s'était mis en hâte de raconter partout l'émerveillement de cette rencontre. Sa mère était sans doute la meilleure oreille qui pût s'offrir à lui. Alors il se met à raconter l'oiseau. Il décrit les ailes. La couleur du cou. La pose incertaine sur l'arbre. Il le fait objectivement. Il le fait consciencieusement. Et sa mère de répondre aussi studieusement que ce n'est qu'un oiseau sans importance, comme il en existe tant d'autres.
Ecrire c'est donc mentir le vrai du réel et en faire la vérité vraie du monde. Ecrire c'est tranfigurer le réel. Ecrire dit beaucoup plus des choses. L'écriture va au-delà de la chose dite. L'écriture permet au monde de faire vérité, d'exister dans l'abîme de soi. L'écriture rend possible les mondes à soi et donne au réel la possibilité de faire sens. Sans l'écriture, les choses n'ont pas de vérité. Elles apparaissent à soi sans faire sens. Avec la poésie, le monde devient aigu, sensible, il s'expose dans l'écriture. Le monde est vrai. Comme dit Cocteau, "je suis un mensonge qui dit toujours la vérité".
Alors j'écris. Sans cesse je m'astreins à cette occupation-là. Je le fais chaque jour, chaque semaine pour rendre de l'existence au monde. Je le fais parce qu'au moment où l'écriture s'élabore, mon amour, les choses de moi, les choses du monde brusquement deviennent beaux, infinis. Sans écriture, l'amour que j'éprouve pour Y. devient banal, incensé. Chaque poème que je lui offre est une fleur à notre amour. Chaque chose écrite à propos de notre amour transfigure sa beauté. Chaque mot écrit pour lui dépasse nos batailles, hélas, nombreuses.
C'est parce qu'il y a l'écriture que notre amour est magique. 08/01/2006RETROUVAILLES
Nous nous sommes revus. La chose est magnifique. Trois semaine d'absence. Lui dans sa famille, là-bas du côté de Lyons, moi, à la maison, collée contre la gorge de Paris.
Le train a un quart de retard. Après trois semaines, les retards d'un train deviennent dérisoires, sans importance aucune, d'une futilité même poétique, une sorte de dernière béance amoureuse où la neige, les intempéries mettent à l'épreuve l'arrivée de votre amant.
Tout de suite je vois qu'il a changé. Il a embelli. Je ne sais pas si cet embellissement est le fait de notre séparation, des choses du temps, du passage des heures. Je ne sais pas si cet embellissement est le fait de ma propre subjectivité, de mon appétence à le revoir. Toujours est-il que le visage est rayonnant. Apaisé. Il a coiffé ses cheveux plus courts ce qui met en lumière la profondeur noire des yeux. La peau est lumineuse aussi. Je le vois dès la gare, dès notre premier sourire. Je vois qu'elle a subi l'émerveillement du soleil, le lustrage absolu de la lumière du sud. Il est d'une beauté neuve. Il est d'une beauté moderne. C'est-à-dire que j'avais oublié presque la courbure parfaite du visage, la douceur sombre des yeux, la rondeur inouïe de la bouche. Revoir son visage me force brusquement à le séduire de nouveau. A provoquer le désir. C'est, sur le quai glacial de la gare de Lyon, une apparition divine qui appelle de nouveau à la séduction.
Je le reconnais. C'est mon homme. Celui que j'aime si fortement. Si magnifiquement. Je ne parlerai pas de la dorure, la nuit, de sa peau. Du parfun d'éternité qu'exhume sa chevelure. Je ne parlerai pas de la volupté du geste amoureux, de l'énormité de son amour. Cette nuit, ça a été une sorte de reconquête. Il y a eu la lente et belle lutte des corps. Mais de ça, je ne dirai pas un mot. 06/01/2006RETROUVAILLESCe soir je vais chercher mon amour à la gare de Lyons. Trois semaines que nous ne sommes vus. Il a passé ses deux fêtes en famille. Les miennes de mon côté.
Il y a eu l'appartement vidé. Il y a eu nos derniers mails échangés. Des mails périlleux. Des mots d'incompréhension. Il y aura l'amour de ce soir.
Il y aura notre amour qui recommence. A jamais. Dans l'énormité de nous.
Je lui ai écrit dans un mail que souvent, après nos disputes, j'ai mal. J'ai le corps en souffrance. Le corps courbé. J'ai mal d'amour. J'ai une véritable terreur de nos disputes. Et pourtant elles sont là, comme si elles étaient intégrées à notre amour. Après chaque dispute, je suis épuisé. Brisé. Vaincu. Mis au ban de mes propres forces.
Il y a une sorte d'animalité dans notre amour. Il y a de la passion surtout. C'est une véritable histoire amoureuse qui fait résurgir les histoires anciennes. Toutes les histoires d'amour, jusque la toute première, celle qui a été apprise avec la mère. C'est dans les amours fauves que les identités essentielles résurgissent, que les maux d'amour, les impossiblités d'amour infantiles ou les trop d'amour reviennent à soi. C'est dans la passion que les vieilles maladies resurgissent. C'est à cause de ça que nous nous aimons si grandement et si durement en même temps.
05/01/2006
Une fois de plus c'est très matériel. Une fois de plus ça va parler des choses. Des objets du quotidien. En réalité ça va parler de la seule chose qui ne parvient pas à se parler entre J. et moi : notre séparation. Parce que les mots sont impossibles, parce qu'il y a un insupportable entre nous deux, les choses se résolvent de cette façon-là : dans la brutalité matérielle, dans le désaveu de soi et de ce qui a été nous à travers les choses.
Je rentre du cinéma. J'ai été voir un film terrible. Saw 2. J'y suis allé seul parce que Y. est parti rejoindre sa famille depuis trois semaines. Nous nous parlons au téléphone, mais voilà, il est parti, loin à quelques cinq cent kilomètres, l'homme que j'aime, celui que je désire et qui me retient à désirer tout autre. Je n'aurais pas dû aller voir ce film. J'en ressors glacé.
Je suis épuisé. Vraiment les traits du visage sont tendus. Il y a une fatigue plus forte en moi. Il y a une véritable détresse à cet instant de moi.
Je découvre l'appartement. J. est passé une nouvelle fois. Il a vidé les meubles, il a répandu les objets par terre, sur les tables. Il n'a pas pris la peine de les mettre en carton. Non, c'est répandu. L'appartement ressemble à un champ de bataille une fois les combats terminés. Les choses reposent inertes, sans vie, mises les unes à côté des autres, dépouillées de leur essence, de ce qui a fait notre union. Il a commis ça dans une espèce de violence sourde sans respect, sans parole.
Il faut que je chasse de moi cette détresse ridicule du matériel. Le plus difficile finalement ce soir, c'est de ne pouvoir combler le viol de l'appartement par le corps de mon amour Y. Il est loin. Evidemment le téléphone est clos. Nous nous sommes échangés des mails d'une grande violence. Ses bras me manquent. La force de sa bouche me manque. La tendresse brune de sa peau à chaque endroit de ma chair me manque. Je voudrais pleurer contre la douceur inouïe de sa bouche.
Le silence est puissant dans l'immeuble. Il fait, dehors, un furieux bruit de pleurs. 04/01/2006RETOUR DE MEUBLES
Comme convenu l'appartement a été vidé en partie. Mon ex est venu. Il a fait visiter les meubles et il les a bradés. Les acheteurs ont attrapé la canapé, ils ont soulevé le fauteuil, et ils ont tout descendu. Douze étage pour descendre ce monstre de canapé. Douze étage pour déménager ce sofa rouge. Douze étage et l'appartement se retrouve nu, dépouillé, déshérité totalement.
Le sofa rouge. Il sentait le sperme. Il avait l'odeur des corps, l'odeur des battues amoureuses. Il avait la couleur des roucoulements amoureux. Je n'ai pas fait l'amour avec J. sur ce canapé. Nous n'avions pas fait l'amour depuis longtemps. Je l'ai fait avec Y. Furieusement. Amoureusement. Et voilà qu'il a emporté ce canapé avec son acheteur virtuel, son bradeur de souvenirs.
Je mesure que les choses s'arrêtent. C'est une histoire qui se tourne, qui s'arrête définitivement. J. a mis du temps à enlever ses choses. Il a même vendu un fauteuil à moi. Il a encore laissé ses vêtements, ses slips, ses disques. Il commence par les meubles. Il les brade. Il les donne au premier venu. Il les arrache de l'appartement qui a contenu 4 ans de notre vie. Il le fait et en même temps qu'il le fait je sais que c'est une autre histoire que je peux commencer véritablement. Celle avec Y. Mon amant. Mon homme que je chante tant dans mes textes. Il a emporté le grand écran de la télévision. Il reprend ses biens. Il reprend ses marques. Il reprend ce qui le constitue. Il le fait sans aucune aigreur. Il le fait sans politesse. Il déménage. Il vend. Il se reloge à neuf.
Il le fait sans pudeur, sans gène. Il rentre dans l'appartement. Il reprend ses droits. Il ne laisse pas un mot. Pas un papier. Pas une lettre. Rien. Pas un geste qui dirait : comme convenu je suis passé, j'ai vendu le canapé, merci. Non rien. Il ferme la porte derrière lui. Mais il garde encore les clés. Il laisse encore les slips. Les choses intimes.
Nous redevenons presque nous mêmes, chacun dans nos vies.
Bientôt nous aurons nos meubles. Nos propres choses. Nos propres vies. Lui avec ses meubles. Moi avec les miens.
Finalement tout ça ce n'est que matériel. Ca n'a pas d'importance. Il faut vivre maintenant.
Je me sens fatigué ces jours derniers. Déraillé. Ici, à Paris, tout est lourd : les embouteillages, les cris des voitures, l'agitation des gens. C'est souvent, dans cette grande confusion que je me mets à regretter la Bretagne où j'ai vécu 10 ans.
En réalité je ne suis pas breton. Je suis francilien c'est à dire dans l'identité de la complexité. Je suis de ceux-là qui se sont fabriqués des identités dans la tumultude. Le tumulte et le métissage fabriquent le parisien. Ma mère est bretonne, mon père est marseillais. Je suis né de cette complexité-là. Je suis né de ce mélange impossible du nord et du sud, de l'Oc et de l'Oïl. Parce que je suis fait de ces deux impossibles, de ces deux infinis, que je suis francilien, c'est-à-dire un être du passage, de la rapidité, de la frivolité.
La Bretagne. Je me souviens surtout de son odeur. De la mer, froide et bleue, odorante. La mer là-bas a l'odeur des cheveux. La mer est souvent très brune. Il faut du temps pour la comprendre. Pour l'habiter. Moi, un jour, je voudrais être riche et vivre auprès d'elle, tout le temps, dans les bras de Y. La mer. Elle a toutes les multitudes qui manquent à ma vie. Elle est l'immensité. Elle est le seul endroit où la désolation réjouit. Où la pauvreté rassure.
J'ai un homme qui m'aime et que j'aime. Il manque à ma vie la tiédeur d'un océan. La certitude que ses flots bénis ne m'andonneront pas.
Il faudra que je vous parle de Y. Il faudra que je vous dise le bonheur qu'il me procure. Les tempêtes aussi que nous traversons. Son amour est illuminé. C'est celui des océans. Celui des tempêtes. 03/01/2006Y
C'est difficile de résister à l'étincelle de son écriture.
Y.
Le temps écrit comme un symptome.
La pluie de tous les regards. L'abandon de mon corps.
Ce soir Y. est absent encore. Je dormirai la fenêtre ouverte, la tête plongée dans le souvenir de son corps.
J'adorerai sa lumière au réveil quand je l'imaginerai, près de moi, la bouche pieuse, les yeux clairs, et la brume de sa peau contre la mienne.
HISTOIRE DU JOUR
Voilà. J'étais sur la route, dans les embouteillages et j'ai entendu cette histoire savoureuse à la radio de l'aveugle et de son voisin. J'écoute beaucoup la radio. La télé fonctionne en bruit de fond en permanence dans l'appartement. Mais je ne la regarde pas. Une télévision, c'est fait pour les aveugles justement. Ca n'a pas d'autre utilité que de faire croire que l'image est radieuse et qu'elle va changer le monde. La plupart des images n'ont aucune incidence sur le monde. Ce sont des clichés sur les choses hors du monde, ces choses qui n'ont d'existence nulle part ailleurs que sur les plateaux de télévision. La radio, elle, lorsqu'elle est allumée, concentre toute mon attention. La radio, c'est une sorte de fil sur le monde. La radio, vraiment, c'est mon oeil sur l'humanité.
Bref. La radio racontait l'histoire d'un aveugle qui demande à son voisin à quoi ressemble la neige. Ils sont assis sur un banc. Ils écoutent les enfants qui jouent à côté dans le Square. Ils écoutent les mères qui promènent les poussettes. Ils sont tous les deux seuls à écouter le continuum bruyant de la vie. Brusquement, la neige vient chatouiller leur pied. L'aveugle reconnaît la neige, parce qu'elle est froide et qu'elle glisse sur la tête comme la main d'une femme. Le voisin sourit et il dit pour seule réponse que la neige, tout simplement c'est une montagne de blanc. Du blanc partout. Une immensité blanche sans arrêt, sans limite, n'ayant de réalité que la blancheur qui la compose.
L'aveugle dit encore qu'il ne connaît pas le blanc et qu'il rêverait de savoir ce qui est blanc. Le voisin dit alors que le blanc c'est comme un nuage. Une sorte de brume timide, profonde, accablée de blancheur. Mais l'aveugle ne sait toujours pas. Alors l'homme, très sagement, dit que la neige, c'est comme un cygne.
Vous savez ces grands oiseaux aquatiques. Ces animaux gigantesques à la robe de mousse. Ces sortes de fauves des rivières qui promènent nonchalamment sur les étangs la splendeur heureuse de leur plumage. Ces animaux de l'au-delà, brûlants, au regard perçant et au bec fin, preque jaune, qui leur permet d'enserrer amoureusement le cou de leur partenaire.
Tout pendant qu'il parle, l'homme agite sa main. Il fait des gestes furieux qui ne tardent pas à éveiller la curiosité de l'aveugle. Il sourit, sort la main de sa poche et se met à mimer l'oiseau décrit par son voisin. D'un côté la main droite qui singe le bec, de l'autre, la main gauche qui singe le plumage. Et alors, plein de joie, il rit, il dit : Ah Merci ! Je sais enfin à quoi ressemble la neige.
L'histoire m'a fait rire. Les protagonistes à la radio aussi. J'ai trouvé ça juste, profond, plein de poésie. Terrible aussi comme toutes les choses qui font rire.
Mon ex a appelé. Une histoire de vieux meubles. Demain, il viendra en mon absence faire visiter les meubles. Il les a mis en vente. L'appartement sera vidé. Ni canapé, ni buffet, ni table basse, plus rien de ce qui nous a unis pendant 4 ans. Il aura tout vendu. De notre histoire, il en a fait de l'argent. Mon ex résoud notre séparation dans la brutalité des finances. Il faut que les comptes soient ronds. Que rien ne dépasse. Que l'argent décide à la place des cris. Moi, j'accepte tout. Avec une sorte d'inertie molle. Une grande lâcheté parce que je ne veux pas me rendre complice de ce réglement de couple.
Un jour je vous parlerai de mon ex. Demain peut-être. 02/01/2006POURQUOI UN BLOG ?La plupart du temps je trouvais ça ridicule. Je trouvais ça pour les autres. Sans intérêt. Je me disais : c'est de la littérature de comptoir. Une forme d'autobiographie inutile. Du texte pour soi mis en page pour soi. Lu pour soi.
La plupart du temps je ne les lisais pas. Je les parcourais rapidement avec une sorte de dédain et de curiosité malsaine à la fois. Voilà c'était de la littérature virtuelle. De la littérature de bas étage où il était question de sexe, de pornographie, d'abandon, de dépression souvent, de désarroi. Les gens qui faisaient ça étaient marqués de solitude. Ils étaient assommés de narcissisme. Je trouvais ça sans intérêt. La vie des autres, aussi banale était telle, ne m'intéressait pas.
Je ne voulais pas ressembler à ces charlatans de soi, ces marchands d'autobiographie, ces vendeurs de désirs. Je ne voulais pas écrire des choses que personne ne lirait. Je ne voulais pas ennuyer le monde avec ma littérature, celle des jours qui passent, mes espoirs, mes abandons. Ce que je voulais vraiment, c'était écrire, écrire partout, colorer le monde d'écriture, abrutir les choses de littérature.
Mais les portes des livres sont souvent éteintes. Elle sont infranchissables. Inaccessibles. Il faut faire de la littérature qui vende. Il fait faire des livres en forme d'argent.
Alors il y a le journal. Il faudra écrire tous les jours. Ajouter un texte. Brûler la page avec des mots. Remplir le blanc de l'écran avec les mots de soi. Il faut le faire avec une sorte de fièvre, une ferveur à jamais renouvelée, un appétit des mots, de la chose racontée. Il faut le faire avec du bonheur. Absolument. Et à chaque fois réécrire sa vie à la lumière des mots qui viennent. Réinventer sa vie, toujours, la rendre épaisse de joie.
Et puis je vous dirai mon homme, la magie de son corps, l'odeur brune de sa peau. Je vous parlerai de mon bonheur à vivre. Je vous dirai le sexe et la mélancolie. Je vous ferai rêver. Je vous dirai les sanglots de moi. Le train qui passe et le bruit infini de l'amour. Je vous dirai Paris. Je vous dirai ma vie.  |
| L'histoire de ma vie n'existe pas. ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne.
Je n'ai jamais écrit, croyant le faire, je n'ai jamais aimé, croyant aimer, je n'ai jamais rien fait
qu'attendre devant la porte fermée.
Je me suis dit qu'on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps
mort de l'amour.
Marguerite DURAS |