13/12/2011

13/12/11 - 23:37

L'égarement 43

J'ai écrit une lettre à mon ami perdu, Eric. Pas de réponse. Je déteste perdre un ami. C'est un deuil insurmontable. On perd un ami à cause de la mort, d'une tempête, je ne sais, quelque chose de réel, de matériel qui se tient dans une main. Mais perdre son ami sans en connaître la raison est infiniment douloureux. On ne peut pas se remettre d'un deuil contraint sans cause apparente.

Je voudrais qu'il écrive, que le téléphone résonne et que sa voix jaillisse à l'intérieur de ma tête.

Rien.

23/09/2011

23/09/11 - 01:20

L'autre jour, je suis de nouveau à Rennes. Bientôt un an que je ne suis pas revenu dans cette ville. Soudain, les maisons que je traversent sont très vides. Rennes ne ressemble plus à la ville que j'aime depuis que j'ai perdu l'amitié d'Eric. Je ne sais pas faire avec l'amour manquant. Je mets des années à me remonter d'un naufrage amical ou amoureux. Ca végète en moi comme une maladie. Je crève des êtres que j'ai perdus. Je ne suis pas conçu pour la perte. Je suis inconsolable de toutes les pertes. Même les plus douloureuses. Je suis inconsolé de la perte d'Eric. De J. évidemment. Mais ça, c'était hier, il y a longtemps maintenant.

On m'a opéré de la gorge. Une tumeur. Quelque chose en trop, coincé dans la gorge, comme un signe de ces naufrages qui ne passent pas.

Je viens à Rennes, donc. Je retrouve le Batchi, ces endroits d'hier où je me suis tant amusé. Je ne connais plus les garçons qui composent l'univers rennais homosexuel. Ils ne me connaissent pas non plus. Je suis une sorte d'étrangeté, tuméfiée.

Puis, soudain, je suis devant la maison d'Eric. Il y a la lumière d'eux qui filtre à travers la fenêtre. La voiture est garée devant. Ils sont là, je sais, je le vois à cause des ombres qui tremblent sous la porte. Je téléphone, follement, je recommence le numéro plusieurs fois. Eric éteint le téléphone. Je sais qu'il me sait là, à quelques mètres de lui, tapi dans l'ombre vacarmeuse. Je sonne, personne n'ouvre.

J'ai perdu mon ami de 20 ans. C'est acté. La perte est évidente. Je ne pleure. J'ai perdu l'épaisseur des cris.

23/09/11 - 01:04

VOTRE VISAGE MON AMOUR

Votre visage – mon amour – sécrète l’opaline d’un orage

Entre les dents la bouche sous les yeux s’éprennent le creux des
Vagues les singes fous et les bleus sur le cœur
Que nous sommes apaisés de nous aimer
Enfin sous le triangle vulnérable d’une chaise

Vous avez couru sur des marécages lents et vos cheveux gantés dégoulinent encore
D’un soleil arraché sur les toits

Votre visage a la parfaite symétrie d’un été
La dernière chose que je n’ai pas oubliée c’est de vous écrire des poèmes
Que vous ne savez pas lire
Des poèmes à propos des coulisses de vos paupières
Du tremblement mouillé de vos bras
Et du corps aux abois impatients

Je –

Un automne pour se rouler dans le frisson des feuillages nus
Je ne me suis pas totalement défait des
Temps froids de naguère où flottaient comme des fougères l’absinthe et le figuier
Dans l’imbécilité trompeuse de
Nous

Nous –

Ton visage encore
Sa plaie découverte sous la cendre de la joue
Et les grincements amers de la fièvre qui
Annoncent l’imminence de l’hiver
Autant que s’ensuivent pour nous aimer des saisons et des saisons
Dans l’intermittence d’un continuum


07/09/2011

07/09/11 - 23:10

L.

Comment se repentir des jours où nous avons été si peu
Si peu
A nous-mêmes aux autres aux enfilades de paysages blancs
Si peu
Dans la grammaire des corps
Si peu
A l’accalmie d’une écriture qui ne nous répare plus

Comment nous contenter des robes ondulantes
Traverser des couloirs en désordre
Et nous asseoir au vent qui fermente dans nos seins

Comment aimer la main vide du mendiant
Comment contenir la suffisance d’un enfant
Et renifler le cœur des absents

Voyez comme nous pleurons
Nous ne savons pas nous satisfaire du passage des hirondelles
Dans un ciel écrasé de nous-mêmes
Nous ne savons plus reconnaître l’embellie d’un poème
L’ostracisme des virgules
La rébellion du point et
La très grande beauté d’un mot qu’on a vidé de son sens

07/09/11 - 22:36

LETTRE

Cher Eric, cher grand frère, cher ami,

Voilà un an, plus d'un an, que nous ne sommes pas vus. Le temps a passé, rapidement. Les choses ont grandi, chacun de nos côtés, je suis certain de cela. Je ne me souviens pas d'une semaine où je n'ai pas pensé à toi, au manque de toi, vraiment, ton écoute superbe, ton amitié réconfortante.

Je travaille beaucoup. Mon deuxième livre devrait sortir en Novembre. Je termine une pièce de théâtre pour une amie actrice qu'on voit régulièrement sur les planches ou à la télévision. Mon roman n'avance pas aussi vite que je l'avais souhaité. Mais sa matière livresque demeure. Il devrait être terminé pour décembre. C'est difficile de mener sa carrière d'écrivain dans l'embarras parisien et le travail quotidien. Je dois bien manger. Je suis fatigué par mon travail d'ailleurs. J'aspire à ne plus faire que cela : écrire, écrire et continuer à aimer JB.

Eric, tu me manques. Rennes me manque. Ton affection me manque. Je ne sais plus quoi faire avec ce silence, ce téléphone éteint où personne ne répond.



07/09/11 - 22:20

TEXTURE (JB)

Nous sommes des oiseaux sans tête
Dépoitraillés aux fécondes livraisons des pluies
Nous sommes assoiffés d’épithètes lents
Et de coiffes portées à l’enseigne d’un ciel
Clair

Je –
Une table rayée contre la porte
Et l’endormissement sage d’une clameur de
Livres
Je tricote avec mes rires des airs tristes comme des soleils
Et je ronge la glaise le foutre sale l’os la parole qui tiédit dans le sinistre renflement d’une
Gorge –
Des chasseurs de vertèbres apostrophent la vérité de notre nuit

Nous –
Les eaux qui raturent le visage
Le violon sous la peau
La craie sous l’angle fade de l’œil
Nous dans la démesure de nos sexualités

Je me rappelle du chemin qui se répandait dans l’épaisseur odorante des cheveux
Je me souviens de nos amours inquiètes
Je me souviens du doigt courbé contre le feutre de la langue
Je me souviens hier encore du bruit que faisait l’ivraie
Je me souviens de nous
Heureux amants enfin réconfortés de la fracture d’un
Temple

23/11/2010

23/11/10 - 21:50

Françoise

Drôle de chose. Revenir au journal après ces longs mois d'absence, consacrés à aimer. Il faut le décès de Françoise, soudain, la brutalité de ce décès, incroyable, un gisement d'elle, une faille dans la démarche, l'irréparable de la chute. Elle sera épargnées de l'éclaboussure de l'hiver.

Vous saviez les sonorités de l’enfance
Vous saviez le tressaillement des bouches
Les blessures commises à l’infime endroit de la
Beauté
Vous saviez les jaillissements de la ruine
Le ruissellement de leurs cris
Ces enfants – comme des navires rongés au couvercle d’un
Sanctuaire

Si nous avions su, nous, vos brumes d’amour
L’épuisement de vos yeux
L’écueil des arbres
Et ces bruits d’enfance qui gisaient de vos seins
Gris comme des saignements de terre

Qu’enfin Françoise
Pour ces milliers d’enfants que vous avez tenus dans le triangle de vos
Bras
Qu’enfin au nom des chairs qui nous restent
Vous soyez remerciée

28/08/2010

28/08/10 - 17:41

L'égarement 41

Je suis en bord de mer, dans l'ondée fraiche de la Vendée. Je ris. Je me laisse aller au flottement d'iode et de légèreté. L'écriture de mon roman a repris. J'ai dégueulé trois grandes pages. Je suis arrivé à un moment où le personnage central qu'est la mère, se désagrège doucement.

Autre chose encore. Le soleil est revenu. Et la mer est très calme.

Après tout, je me fiche que JB pense que je suis excessif dans ma sentimentalité. Je ne veux pas contrôler ce qui me rend heureux. Et JB me rend heureux. Je ne veux pas empêcher ça. Je suis excessif mais je ne veux pas me priver du ruissellement de sa pensée et de sa bouche.

16/08/2010

16/08/10 - 10:58

EGAREMENT 40

On se remet toujours de tous les deuils. A commencer par le deuil amoureux. Ma petite chatte est morte et je suis étonné de la tristesse que j'éprouve. J'avais imaginé que les choses se passassent plus facilement, que la douleur ne fût pas si vive. En vérité, au-delà de la disparition de Chacha, c'est 13 ou 14 ans de vie. Je me souviens des portées qu'elle a eues, de ses miaulements incessants, de sa toute tendresse. Ces derniers jours, je crois qu'elle agonisait. Elle se vidait de sa chair. Ses yeux scrutaient un vide, et elle s'était repliée dans un endroit égaré de l'appartement. J'avais senti que la mort était imminente. Dès dimanche, je l'avais mise dans la boite de voyage où, d'ailleurs, elle détestait que je la l'y logeât. Je l'avais mise là pour m'empêcher de la prendre dans les mains une fois morte. J'ai déposé son corps dans le bois de Vincennes.

JB a fini par appeler tard dans la nuit. Je dormais, assommé d'anxiolitiques. J'ai été réveillé par la vibration du répondeur téléphonique vers une heure du matin. Il avait la voix qui tremblait. Les mots étaient sincères, émouvants. Il s'excusait. Il disait qu'il était désolé, qu'il comprenait que je ne décrochasse pas, qu'il avait merdé. En vérité, le problème, ce n'est pas JB. Le problème que c'est trop longtemps j'ai accepté d'être le yoyo des gens sous prétexte que je m'aime si peu. Je ne veux pas dépendre des gens et que les gens, surtout ceux que mon coeur a choisi d'aimer, jouent avec moi, se disant que de toutes façons, j'accepterai tout, sans réserve, que je m'adapterai à leurs desiderata. Je ne veux pas ça, surtout après la disparition de ma petite chatte. Je ne veux plus ça depuis la séparation d'avec Julien où je me suis humilié à accepter tous ses chantages, ses mensonges et ses exigences sous prétexte que dans ma faiblesse d'amour, je pourrais tout accepter.

Je verrai JB mercredi comme je lui ai proposé sauf s'il ne le veut plus. Je suis un peu triste car il m'a ramené des spécialités de Savoie et d'ici mercredi, les gâteaux auront perdu de leur fraicheur. J'ai deux jours pour faire le vide. Réparer le blanc laissé par ma chatte.

15/08/2010

15/08/10 - 23:12

EGAREMENT 39

Silvia m'appelle de chez les amis où je vais passer les deux nuits qui viennent pour me dire que le petit corps de la chatte est froid, que la respiration semble éteinte, complètement. Elle est morte. Ma petite Chacha s'est éteinte. J'avais prévu de passer la nuit auprès de JB mais ses amis en ont voulu autrement. Ils avaient prévu, dès le chemin de retour des vacances de JB, une fête en soirée qui nous aurait permis de visiter des musées avec JB et Silvia et moi l'après-midi. Changement de programme par les mêmes amis ! La fête a lieu dans l'après-midi et je comprends qu'elle se poursuivra dans la nuit. Bref, le programme de visite des musées s'arrête, la soirée est grillée car JB n'arrivera pas avant 20 heures. Pourvu que ces mystérieux amis ne soient pas ce petit couple gay que JB a rencontré pendant ses vacances lors d'un mariage ! Je n'ai pas vu mon JB depuis quinze jours et ses amis qu'il voit bien plus que moi, m'imposent, dès le samedi du retour du train, que je serai séparé encore de lui le dimanche. Et ma petite chatte meurt. L'homme de JB vient de perdre un petit animal qui l'accompagne depuis 13 ans. Mais JB est en encore en fête. Il écrit sur un SMS qu'il est désolé et qu'on l'enterrera demain. Moi je ne supporterai pas la dépouille de mon chatte plus longtemps chez moi. Les amis qui m'hébergent pendant 3 jours ne réfléchissent pas une seconde. Ils disent on va t'aider à l'enterrer. Surtout ils ont la main très proche de mon épaule secouée de tristesse. Je me dis, l'homme que j'aime, ou qui m'aime (je crois) continue sa fête avec ses amis. La nuit est froide et humide. Mes pieds s'enfoncent dans la terre molle. Je recouvre le corps de ma douce de feuilles et de terre. Je m'abîme les mains aux orties. Je pleure surtout. Je suis seul au monde.

14/08/2010

14/08/10 - 19:24

L'égarement 38

Tous les jours, je vois que ma petite chatte va mourir. Elle ne mange plus. Boit à peine. Elle ne geint plus comme elle l’a fait toujours. Elle est repliée dans un coin sombre de l’appartement. Je crois qu’elle se met là pour mourir. Elle avait mis bas à plusieurs reprises dans des endroits égarés de chez moi. Elle s’égare pour mourir. Véritablement, il y a un lien entre la mort et la naissance. Les chattes nous apprennent ce lien subtil. Tous les jours, je crois que je vais la trouver renversée sur le sol, asphyxiée complètement. Je pense aux 14 ans qui ont été les nôtres. Je pense que mon amour rentre ce soir de vacances. J’ai peur qu’il ne faille interrompre un morceau de nos retrouvailles pour l’enterrer dans le Bois de Vincennes. Si cela arrive, je veux faire ça avec JB. Au creux de son amour.

09/08/2010

09/08/10 - 23:23

L'égarement 37

Je peine à écrire chaque jour. A peine quelques lignes. Je souffre de cet état d’impuissance. Ma tête est ailleurs. Dans la jouissance de l’amour.

07/08/2010

07/08/10 - 15:38

L'égarement 36

J’ai décidé de reprendre l’ensemble de mes poèmes depuis 2003. C’est-à-dire ceux qui correspondent au retour dans la vie parisienne. Ils sont au nombre de trois cent ou quatre cent. Je ne sais pas exactement. Je vais les travailler de nouveau. Je me rends compte qu’ils sont chargés d’obsessions répétitives. Il y a des mots qui reviennent sans cesse comme des fantômes. Je crois que chaque artiste est fabriqué de répétitions, de lectures, de désordres en enfance qui le conduisent à chercher en permanence la parole juste, celle qui lui permettra d’échapper à l’errance du recommencement. Je cherche quelque chose dans ma poésie. Je ne sais pas ce que c’est. Je sais que cette chose préexiste au texte écrit, comme les peintres abstraits considèrent que la chose préexiste à la couleur qui la compose. Je suis acharné à la couleur. Souvent, je regrette de ne pas avoir été peintre. Les parfums, les couleurs. C’est bien connu. Je pense que ce que j’écris pour l’université n’a pas de sens. Le sens profond réside dans le poème. Même illisible, un poème dit plus que la réalité ne recouvre. Il y a des vérités qui dépassent le monde dans la poésie. C’est le lien exact entre poésie et couleurs. Il y a des mondes qu’aucune humanité ne saurait déchiffrer en dehors de sa matérialité chromatique. Il faut la symphonie des sons et des couleurs pour rendre perceptible cet effet de l’inconnu. Souvent, la peinture abstraite accouche de vérités invisibles à l’œil humain. En cela, les arts procèdent de Dieu. Les lieux qui relient l’homme à Dieu demeurent dans la mer, les océans de couleurs, une phrase à elle seule comme un extrait du Beau. Je préfère aux histoires qu’on raconte les phrases qui les racontent. Je préfère aux portraits les couleurs qui les composent. Je suis un écrivain de l’irracontable. Je vais profiter de l’absence de mon amour encore une semaine pour me replonger dans mes textes anciens. Je les lui offrirai. Ils seront, je l’espère, un condensé de la beauté, une esquisse de geste érotique. Ils seront ce que mon sexe n’est pas capable de lui donner.

04/08/2010

04/08/10 - 23:50

Juste un repli d’algues
Un tentacule où roucoule la forme d’une étoile
Nous sommes des animaux tristes et des paysages à nouveau
Nous sommes des montagnes de chair molle et voilà –
Peut-être un mot ou deux comme l’étranglement d’une fougère

Il faudrait nous habiller et fuir le temps chargé d’insectes bleus


03/08/2010

03/08/10 - 23:27

L'égarement 35

En amour, il faut gérer le manque. Il y a la poésie pour ça. Il y a les romans aussi. Ca sert à suppléer l’absence. Ca remplit son vide à soi des histoires des autres. Les personnages qu’on fait naître dans le livre permettent le contournement de la douleur. Je suis saisi souvent par la douleur du manque. Je n’aime pas JB à cause du manque que j’éprouve en son endroit, il me manque parce que je l’aime. Dieu merci, je reviens au livre. Ces dernières semaines, j’écris moins. Je préfère vivre. Car écrire, c’est un peu mourir. Je ne parviens pas à dépasser la dizaine de lignes à chaque ouverture du manuscrit. Je me remplis de musiques. Toujours les mêmes. Je m’empêche de boire. Je pourrais être ivre toutes les nuits, à cause de l’écriture. J’écris et je contemple le spectacle de la main qui bâtit le livre. Je reviens à l’étrangeté de mes personnages. J’ai beaucoup écrit sur la mer. Le livre est conçu de mer. Je pense aussi aux ouvrages universitaires que je fais et qui m’intéressent moins. Je pense à la grande solitude de l’écrivain aux abords de l’écrire. Je pense qu’il me faudra encore des mois pour terminer le roman. Les personnages m’accompagnent comme des amis fidèles. Ils me fascinent beaucoup. Je les trouve parfois agaçants. Je suis fasciné par leur pouvoir à la tromperie et au mensonge. Tout ce que je ne sais pas faire : tromper et mentir. Enfin, voilà, je dois revenir au manuscrit avant que le sommeil ne me prenne. Je pense que les personnages que je crée ne comblent pas complètement le grand vide que j’éprouve dans mon cœur ce soir. Je ne sais pas si je lui manque, moi. Je sais sa grande pudeur à dire ses sentiments. Je sais que trois effleurements de tendresse dans sa bouche ou sur sa main sont des remparts de paroles amoureuses. Ca me remplit beaucoup, cette pensée.

31/07/2010

31/07/10 - 23:57

L'égarement 34

J’ai remarqué les mots exacts qu’il a inscrits dans le petit message qu’il m’a envoyé ce matin. Il parle du lever du soleil dans la poitrine de la montagne. Il y a surtout les mots du démarrage, la force d’amour contenus en eux. Parfois, je suis encore saisi de colère. Je me dis comment j’ai pu aimer un homme qui me mente avec autant de force, qui me respecte si peu. Je me dis que la colère est incise en moi, véritablement. Dans la relation qui me noue à Jean-Baptiste, il n’y a aucun nuage. Rien. J’ai une confiance en lui, totale. Il est situé ce soir à quelques huit cent kilomètres de moi, et il n’y a rien qui n’altère cette confiance. Je suis heureux de le savoir heureux. Je suis rempli de son amour pour moi. Malgré les kilomètres, ça brûle en moi, l’étourdissement de cet amour. Ce soir, je dis à Sandrine que c’est l’homme de ma vie. Je dis que je n’aimerai jamais plus comme je l’aime. Je dis que je l’aime, sans passion, sans tempête, sans étranglement, dans un apaisement total. Je dis que ce qui caractérise le plus cet amour-là, c’est le temps tranquille, la douceur des bras, le remuement suave des lèvres, la pureté douce du sexe, la belle pudeur des mots.

20/07/2010

20/07/10 - 16:33

L'égarement 33

En rentrant de chez les amis de JB, nous faisons une sorte d’amour clandestin dans la voiture. L’excitation est au comble. Je n’ai pas éprouvé depuis longtemps une telle exaltation sexuelle avec un homme, répétée si souvent. Je me rends compte avec JB de la force avec laquelle je m’étais enfermé dans l’épouvante de la frustration. Tous les jours, j’ai envie d’expérimenter une forme nouvelle de plaisir avec lui. Jamais ça n’est arrivé, une licence totale du plaisir, un abandon de soi. Je crois que notre amour sera immense. Je crois qu’il le sera à l’endroit miraculeux du désir, mais aussi à l’endroit de nos paroles. Je lui dis dans la voiture que j’ai souffert du vouvoiement de ses amis, des questions portées sur mon âge, du marquage qu’ils ont opérés dans la représentation de notre aimance. Il répond ce qu’il dit depuis plusieurs jours, qu’il se fiche des questions qui tenteraient de déstabiliser notre amour. Il répond ce que je pressens aussi, c’est-à-dire que nous sommes conçus l’un l’autre pour nous accompagner, que nos corps, nos peaux, nos esprits sont issus d’une matière complémentaire et similaire à la fois. Il répète plusieurs fois mon prénom comme un écorchement de souffle. Il répond qu’il saura faire face à l’infamie du jugement. Il dit que de toute façon, ses amis n’en diront rien, qu’il a la certitude de ça. Je pense en fait que les choses se jouent dans l’abjection que j’éprouve à l’égard de moi-même.

16/07/2010

16/07/10 - 13:30

L'égarement 32

Je crois que c’est Sagan qui a écrit que la vie est un recommencement perpétuel. Que souvent les ruptures qu’elle occasionne poussent à des formes de renaissance. Je me sens de nouveau adolescent. Dans l’adolescence, il y a la frénésie des lendemains, les promesses de demain, il y a aussi le risque de l’insouciance, le risque du désordre.

12/07/2010

12/07/10 - 00:00

L'égarement 31

Parfois, je crois que la vie est un éternel recommencement dont il est difficile de sortir. Une sorte de piège labyrinthique avec ses mêmes ressorts, ses mêmes issues, ses mêmes cachotteries. On a beau savoir les gouffres d’errance dans laquelle on a été baladé toute sa vie, on s’y remet, à pieds joints, innocemment, inconsciemment comme s’il fallait nécessairement retrouver les terreurs de soi, aux endroits les plus extrêmes de soi. Je n’arrive pas à faire face à ces recommencements. Certains jours, je crois que je suis sauf de ça, de cette partie infecte et désolée de moi. Je le crois les jours où je pressens le bonheur à portée de mes mains. Je crois que ces Julien, ces Yasid, ces Gilles, c’est terminé, hors de moi. Je crois ça vraiment. Et puis soudain, les prémisses du gouffre se font ressentir de nouveau. Je me revois encore, béant de bêtise, m’enfoncer avec jouissance, presque, dans le territoire sombre du recommencement. Mon cœur saigne depuis cet après-midi. J’ai été au cinéma puis chez un ami, mon bon ami Wadi, dîner devant la télévision. Paris étouffe de soleil. Paris pleure l’asphalte suant. Tard, dans la nuit, en rentrant de chez mon ami, un garçon très beau, très jeune, torse nu, m’a aguiché de la fenêtre de son hôtel, à deux rues de celle où je vis. J’ai souri et je suis rentré chez moi. J’ai souri de plaire ainsi si facilement à des garçons. Hier soir, en plein Marais, Jérôme me fait remarquer que les garçons sont nombreux à se retourner à mon passage. Moi, je ne vois pas ça. Je suis plié dans une blessure qui m’empêche de voir ces regards dévorants. Ca pourrait pourtant m’aider à me relever un peu, de savoir le désir à portée de moi. Mais je me sens si bas, les genoux dans la glaise. J’aurais espéré un petit signe, rien qu’un petit tiret de tendresse dans la langueur chaude de ce dimanche, un infime mot sur mon téléphone. Rien. Je suis parti sans mon téléphone, dans l’horreur du manque. Je ne voulais pas recommencer avec ça, l’épouvante du manque. Et pourtant, ce soir, c’est là. Je dois boire. L’avion de mes amis a été annulé et je n’irai pas les chercher. Je vais boire alors un reste de vin blanc que nous avions ouvert ensemble. Je me déteste dans le manque, dans l’outrage du manque. Je vais écrire aussi. J’ai des idées lumineuses pour mes personnages. L’alcool et l’écriture vont m’aider à sortir de la tyrannie du manque. Enfin, je l’espère. Que demain je lèverai mes mains vers le ciel en signe de paix.

 

L'histoire de ma vie n'existe pas. ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne. Je n'ai jamais écrit, croyant le faire, je n'ai jamais aimé, croyant aimer, je n'ai jamais rien fait qu'attendre devant la porte fermée. Je me suis dit qu'on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps mort de l'amour. Marguerite DURAS